2011

2011/01 - Lettre à M. Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé

Paris, le 31 janvier 2011

Monsieur le Ministre,

Vous êtes à nouveau en charge du ministère de la Santé, et c’est à ce titre que nous nous adressons à vous pour vous demander de nous accorder une audience.

Vous connaissez le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale : nous avons été reçues à plusieurs reprises par vos représentants lorsque déjà vous étiez ministre de la Santé. Notre comité agit depuis des années pour défendre la spécialité de gynécologie médicale. Cette action, vous le savez, appuyée sur la mobilisation des femmes, a conduit, en 2003, au rétablissement de la spécialité, supprimée des formations universitaires depuis 1986.

Cependant, malgré la reconnaissance du caractère indispensable de la spécialité pour la santé des femmes que représente la création du DES de gynécologie médicale, le nombre de postes d’internes attribués à cette spécialité chaque année ne permet pas de répondre à la situation de pénurie de ces médecins spécialistes. Comment cela serait-il possible, alors que, après 17 années d’interruption de la formation, seuls 20 postes d’internes par an ont été réservés à la gynécologie médicale depuis la création du diplôme, puis 27 en 2010 et 24 pour 2011 ?

Les témoignages des femmes le confirment : la pénurie de ces spécialistes, pénurie croissante car ceux qui partent à la retraite ne peuvent être remplacés, entraîne des conséquences graves : retard dans le diagnostic et le dépistage, du fait des délais d’attente, qui ne cessent de s’allonger, avant un rendez-vous, y compris dans les grandes villes, particulières difficultés, voire absence complète de suivi pour les jeunes filles.

Notre inquiétude face à cette situation, inquiétude partagée, comme l’ont confirmé les Assises de défense de la gynécologie médicale, par nombre de médecins et de personnalités, nous a amenées à demander audience à votre prédécesseur Mme Roselyne Bachelot-Narquin. Nous avons ainsi été reçues, le 18 juin dernier, par son représentant le Dr Elleboode.

Certes, celui-ci nous a annoncé que, dans le cadre des réflexions sur l’évolution des maquettes des différentes spécialités, à cette étape, en ce qui concerne la gynécologie médicale, la maquette et la filière restaient en l’état, ce qui correspond à notre demande.

Certes, le Dr Elleboode nous a écoutées avec intérêt, et nous sommes sorties de cet entretien avec l’espoir qu’un nombre plus important de postes allait être attribué à la gynécologie médicale.

Mais, un mois plus tard, le nombre de postes d’internes de gynécologie médicale pour l’année 2011 était revu à la baisse. Et nous nous inquiétons de voir la tentation qui est celle des pouvoirs publics, devant la pénurie de ces spécialistes, de proposer, au travers du dispositif de « transfert de tâches », des palliatifs qui ne répondent en rien aux besoins des femmes.

C’est ce qu’ont permis d’établir les nombreux témoignages de femmes, de personnalités et de spécialistes lors des Assises de défense de la gynécologie médicale, qui se sont tenues le 28 mars dernier à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Nous joignons à votre intention au présent courrier la brochure qui rend compte de cette journée.

Nous souhaitons qu’au travers de ces travaux vous puissiez retrouver les éléments fondamentaux permettant d’éclairer la réflexion en cours sur cette spécialité. Nous ne demandons pas, comme l’a évoqué le représentant de la ministre, un « médecin pour le suivi des femmes ». Nous considérons que toutes les femmes doivent avoir le droit, pour ce qui doit rester leur suivi gynécologique tout au long de leur vie, de conserver l’accès à cette spécialité irremplaçable qu’est la gynécologie médicale, dont les résultats en matière de santé publique ne sont plus à démontrer.

Il s’agit là, pour nous comme pour les femmes, d’une question fondamentale, car les choix que font actuellement les pouvoirs publics en la matière menacent l’existence même de la gynécologie médicale, et, avec elle, la santé des femmes, remettant en cause l’ensemble des progrès réalisés dans ce domaine.

Il y a donc aujourd’hui pour les pouvoirs publics une urgence extrême à prendre les mesures fortes nécessaires pour sauvegarder l’existence de cette spécialité, indispensable à la santé des 30 millions de femmes en âge de consulter.

C’est pour discuter avec vous de cette question, Monsieur le Ministre, que nous vous demandons une entrevue.

Dans l’attente d’une réponse favorable de votre part, nous vous prions de trouver ici, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

Pour le CDGM, les coprésidentes.