2011

2011/04/07-Nouvelle lettre à M. Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé

Monsieur le Ministre,

Nous vous remercions pour votre réponse personnelle à notre demande d’audience.

Nous avons trouvé en la personne du Pr Christian Thuillez, qui a reçu la délégation du Comité de Défense de la Gynécologie Médicale, un interlocuteur à l’écoute, bien au fait du dossier et de l’action du CDGM.

Au cours de notre entretien, nous avons exposé la situation inquiétante que connaît aujourd’hui la spécialité de gynécologie médicale.

Vous le savez, c’est en particulier grâce au suivi régulier qu’assurent ces médecins spécialistes que les indices de santé concernant les femmes sont, en France, parmi les meilleurs au monde. C’est grâce à ce suivi tout au long de la vie que la mortalité due aux cancers « féminins » a été réduite de manière très significative, que le nombre des interventions chirurgicales lourdes est de loin le plus faible, et la survie après un cancer du sein, une des meilleures en Europe.

Le diplôme de gynécologie médicale a été créé en 2003. Ce rétablissement de la spécialité a signifié la reconnaissance, par les pouvoirs publics, du caractère spécifique des problèmes de santé des femmes, ainsi que de la nécessité de la prise en charge de cette spécificité par des médecins formés pour cela, les gynécologues médicaux. Aujourd’hui, de jeunes médecins spécialistes en gynécologie médicale sont à nouveau formés.

Les Assises de défense de la gynécologie médicale, qui se sont tenues, à l’initiative du CDGM, le 28 mars 2010, ont été l’occasion pour de nombreux professionnels de témoigner concrètement de l’utilité des gynécologues médicaux et du caractère irremplaçable de la spécialité.

Or il y a là un vrai paradoxe : alors que le DES a été créé, alors que les candidats sont nombreux à vouloir se consacrer à cette spécialité, la gynécologie médicale va, dans les faits, disparaître pour les femmes.

L’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé fait état d’un fait qui à lui seul est alarmant et se passe de tout commentaire : les effectifs actuels de gynécologues médicaux ne permettent qu’à un quart des femmes en âge de consulter d’avoir accès à leur spécialiste. Un quart de près de 30 millions de femmes en âge de consulter... Cette constatation est lourde de conséquences.

Avec une moyenne d’âge de ses praticiens de 58 ans, la gynécologie médicale est vouée à une extinction progressive et rapide. Et la pénurie de ces spécialistes n’a pas été enrayée après la création du DES de gynécologie médicale, parce qu’un nombre de postes d’internes très insuffisant a été attribué à la spécialité. Au lieu des 60 postes promis dans un premier temps au moment de la création du diplôme, seulement 20 postes par an lui ont été attribués de 2003 à 2009, puis 27 en 2010, pour redescendre à 24 pour 2011 !

Ainsi, aujourd’hui, chaque départ à la retraite d’un gynécologue médical condamne ses milliers de patientes à renoncer au suivi gynécologique qui leur est indispensable. Déjà, de plus en plus nombreux et inquiétants sont les témoignages de femmes qui nous parviennent concernant les retards de diagnostic entraînés par la difficulté à accéder à la consultation de gynécologie médicale, par l’impossibilité pour les jeunes filles d’être suivies. Les femmes de ce pays estiment, à juste titre, qu’aujourd’hui leur santé est en danger.

Nous avons bien réfléchi à cette situation. Nous constatons que, alors que les pouvoirs publics, comme les élus de toute appartenance politique, apprécient les résultats incontestés de la gynécologie médicale, son extinction est arithmétiquement programmée compte tenu des contraintes du numerus clausus général.

Or, précisément, il est impossible d’opposer ce numerus clausus à la demande d’un nombre plus important de postes d’internes en gynécologie médicale. Et ce, pour une raison simple, c’est que la formation de gynécologues médicaux a subi une interruption de 17 années ! Aucune autre spécialité n’a connu un tel sort.

La situation de la gynécologie médicale est donc bien exceptionnelle. C’est pourquoi nous vous demandons de tenir compte de cette situation : à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle ! Si la gynécologie médicale restait assujettie au carcan du numerus clausus, elle serait condamnée, à très court terme, à disparaître.

Il s’agit aujourd’hui, pour les pouvoirs publics, de prendre les mesures nécessaires et urgentes pour permettre d’enrayer l’extinction de cette spécialité dont dépend la santé de millions de femmes de ce pays.

Il vous revient, à vous, Monsieur le Ministre, qui êtes en charge de la santé publique, de donner un signal fort pour inverser cette tendance. C’est ce que nous vous demandons solennellement, au nom de ces millions de femmes qui attendent cette réponse.

Nous vous prions de trouver ici, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

Pour le CDGM, les coprésidentes.



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