2012

2012/02 - Notre lettre-mémorandum adressée aux candidats à l’élection présidentielle 2012

Notre lettre-mémorandum adressée aux candidats à l’élection présidentielle

Paris, le 20 février 2012

Madame, Monsieur,

-  Comité de Défense de la Gynécologie Médicale (CDGM), nous nous adressons à vous en tant que candidate, candidat à la présidence de la République. Nous souhaitons appeler votre attention sur la situation de pénurie dans laquelle se trouve la spécialité de Gynécologie médicale, et ses conséquences directes sur la santé de millions de femmes.

-  Notre Comité a été fondé en 1997, par la volonté de gynécologues et de femmes qui ont considéré que la disparition de la spécialité, supprimée du cursus universitaire en 1987, faisait courir un grave danger à la santé des femmes.

-  La pétition lancée par le comité pour le rétablissement du diplôme de gynécologie médicale et l’accès direct des femmes à leur gynécologue, qui a recueilli plus de 3 millions de signatures et donné lieu à trois manifestations nationales, a permis la création du DES de gynécologie médicale en 2003, puis la reconnaissance d’un accès direct spécifique à la consultation de gynécologie médicale sans pénalité de remboursement.

-  Tout au long de ces années de mobilisation, de nombreux parlementaires de toutes les sensibilités politiques se sont également faits les porteurs de cette demande légitime.

-  On ne saurait minimiser l’importance de la création du diplôme, avec la maquette d’enseignement qui le concrétise, et du rétablissement d’une spécialité qui a permis aux femmes, en France, de bénéficier d’indices de santé parmi les meilleurs au monde. Ainsi, le nombre de cancers du col de l’utérus a été divisé par quatre en 20 ans, le taux d’hystérectomies y est de 6,7%, alors qu’il est de 35 à 45 % chez nos voisins européens, et la survie après un cancer du sein est l’une des meilleures d’Europe.

-  Ces résultats, incontestables, sont le fait du suivi personnalisé des femmes, tout au long de leur vie, qu’assurent les gynécologues médicaux, un suivi spontanément choisi et régulier, qui permet une prévention efficace, et évite ainsi les interventions lourdes. C’est cette particularité qui a amené le législateur à reconnaître pour la gynécologie médicale la nécessité d’un accès direct spécifique.

-  Cette spécialité fait à ce point partie intégrante de la vie des femmes, depuis plusieurs générations maintenant, qu’elle est vécue par elles comme inséparable des progrès les concernant, en matière de contraception notamment.

-  C’est ce qui leur rend d’autant plus insupportable le fait que cet acquis de la mobilisation soutenue et déterminée de millions de femmes soit aujourd’hui remis en cause, et cela en raison des décisions successives de bloquer le nombre de gynécologues médicaux formés par an à un niveau qui, à terme, ne permettra pas la pérennisation de la spécialité.

-  Depuis le rétablissement du diplôme en effet, le nombre de nominations annuelles à l’Internat (maintenant dénommé ECN, Examen Classant National) attribuées à la gynécologie médicale, après un arrêt de la formation durant 17 années, a été de 20/an entre 2003 et 2009, 27 en 2010, puis 24 en 2011, 30 en 2012, et ce pour toute la France !

-  Le Conseil National de l’Ordre des Médecins rend compte de cette réalité : pour toutes les régions, la densité moyenne de gynécologues médicaux est inférieure à 7,6 pour 100 000 femmes.

-  L’Observatoire National de Démographie des Professions de Santé indique quant à lui que les effectifs actuels ne permettent plus qu’à un quart des femmes en âge de consulter d’avoir accès au spécialiste de gynécologie médicale. (Elles étaient 60% en 1997.)

-  Les conséquences pour les femmes sont là. Depuis plusieurs années maintenant, les délais d’attente ne cessent de s’allonger, jusqu’à 6-8 mois, voire un an ! Les plus jeunes en sont les principales victimes, car, pour elles, obtenir un suivi gynécologique relève du parcours du combattant, et, pour la plupart d’entre elles, est impossible. Ainsi, pour toutes, quel que soit leur âge, c’est le risque d’un diagnostic retardé, avec toutes les conséquences pathologiques, mortelles même, qui, en l’état actuel des connaissances, pourraient, devraient être évitées.

-  Nous n’avons cessé d’alerter les pouvoirs publics sur cette situation plus qu’alarmante.

-  Or non seulement le nombre de postes d’internes en gynécologie médicale est notoirement insuffisant, mais cette pénurie, créée par l’absence d’une volonté politique de remédier à sa cause, permet aujourd’hui de justifier une nouvelle conception du suivi gynécologique, que ni les femmes, ni le CDGM ne peuvent partager.

-  Répondant, au Sénat, à une question orale sur la gynécologie médicale, puis à une question écrite, la Secrétaire d’Etat à la Santé a repris l’argument qui avait été, face à notre inquiétude, celui de Mme Bachelot : « Les gynécologues médicaux n’assurent pas à eux seuls le suivi des femmes pour les problèmes gynécologiques, la contraception, la prévention et le dépistage. Les médecins généralistes et les gynécologues obstétriciens assurent également chacun dans leur champ de compétences cette prise en charge. » Et depuis, l’article 38 de la loi HPST donne aux sages-femmes la possibilité de réaliser des consultations de contraception et de suivi gynécologique de prévention.

-  Ce qu’il s’agit d’organiser ainsi, c’est le transfert des tâches des gynécologues médicaux vers d’autres professionnels de santé, ce qui n’est qu’un palliatif à la pénurie de ces médecins spécialistes.

-  Et c’est là une erreur grave, qui entraînerait un immense gâchis : en niant ainsi le caractère particulier des problèmes de santé des femmes et la nécessité d’une prise en charge une et spécifique, on provoquerait un désastreux retour en arrière en termes de prévention, privant les femmes des résultats éclatants qui, pour plusieurs générations, ont été ceux de la gynécologie médicale.

-  Les Assises nationales de défense de la Gynécologie médicale qui se sont tenues à La Pitié-Salpêtrière, le 28 mars 2010, ont en ce sens établi, à partir des faits, des chiffres, le caractère indispensable de cette spécialité médicale. Elles ont également mis en lumière les risques que fait peser sur la santé des femmes le refus des pouvoirs publics de créer des postes de gynécologues médicaux en nombre suffisant. Des professeurs de médecine, des spécialistes, des personnalités liées aux droits des femmes, des femmes, sont venus apporter leur témoignage, leur contribution, et avec nous se sont adressés au ministère.

-  Nous le répétons, si des gynécologues médicaux ne sont pas formés de nouveau en nombre suffisant, cela signifiera une sévère régression pour toutes les femmes, et en particulier pour les jeunes, chez qui l’éducation et la prévention sont de première importance.

-  Les nouvelles générations ont le droit de bénéficier de l’acquis qu’a représenté, en matière de santé publique, le développement de la gynécologie médicale. Elles ont le droit de bénéficier des avancées en matière d’espérance de vie qu’a inscrites dans les faits le suivi assuré par les gynécologues médicaux, leur action pour diagnostiquer précocement les cancers, dépister et traiter les MST, prendre en charge les IVG, pour adapter la complexité des traitements contraceptifs et hormonaux aux caractéristiques de chaque femme.

Madame la Candidate, Monsieur le Candidat, nous vous avons exposé brièvement la situation.

Nous souhaitons vous rencontrer et connaître votre position.

  • Partagez-vous la conviction des femmes que, pour assurer le suivi gynécologique, il faut les médecins spécialistes que sont les gynécologues médicaux ? Et que toutes les femmes doivent pouvoir les consulter ?
  • Et dans ce cas considérez-vous que la seule solution consiste à rattraper le retard, en augmentant de manière significative et conséquente le nombre de gynécologues médicaux formés chaque année ?

-  Nous aurons soin de faire connaître largement votre réponse.

-  Mais dès maintenant, nous souhaitons pour notre part vous rencontrer, afin de vous présenter de vive voix ce dossier. Car ce qui est en jeu, vous l’avez compris, c’est la santé, la vie, de millions de femmes : en clair, plus de la moitié de la population de ce pays. Autant dire que c’est aujourd’hui une grave question de santé publique. Question particulièrement sensible pour les femmes, puisqu’elle touche à leur émancipation, que la gynécologie médicale a toujours accompagnée.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de trouver ici, Madame la candidate, Monsieur le Candidat, l’expression de notre attachement à la santé des femmes.

Pour le CDGM, les coprésidentes,

Dr Marie-Annick Rouméas, Claude Groussin, Noëlle Mennecier, Marie Stagliano.