2012

2012/03/26_Réponse de Jacques Cheminade

Q : Partagez-vous la conviction des femmes que, pour assurer un suivi gynécologique, il faut les médecins spécialistes que sont les gynécologues médicaux ? Et que toutes les femmes puissent les consulter ?

R : Le problème de notre système actuel est que, d’une part, il est trop centré sur le soin et ne prend pas assez en compte la santé au sens large, en particulier la prévention, et que, d’autre part, la coordination entre ses diverses composantes laisse à désirer. En accord avec les auteurs du Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire, je préconise la création ou la refondation de quatre échelons du service public de la santé :

  • l’assurance-maladie reposant sur la Sécurité sociale et non sur les complémentaires de santé ; • la sécurité sanitaire et la prévention collective ;
  • le service public hospitalier, avec pour tête de pont régionale le CHU, les hôpitaux non universitaires à impliquer dans des activités de recherche et de formation coordonnées et le privé à but non lucratif ;
  • le service public de la médecine de proximité reposant sur les médecins libéraux.

Dans ce projet, le gynécologue médical est indispensable dans un réel dispositif de médecine préventive et dans un suivi spécifique et personnel des femmes : contraception, prévention et dépistage des cancers gynécologiques et mammaires, des MST et souvent psychologique... Ce qui nécessite une rencontre suffisante pour évaluer l’état d’une patiente qui ne pourra exister hors de la relation particulière qu’assurent les gynécologues médicaux depuis 80 ans.

Si l’on revient ainsi à une bonne politique de prévention et que les moyens existants soient mobilisés à bon escient, les femmes pourront déjà parvenir à une espérance de vie moyenne de 90 à 100 ans, dans un état physique et sanitaire satisfaisant. Pourquoi faudrait-il s’en priver ?

Q : Et dans ce cas considérez-vous que la seule solution consiste à rattraper le retard, en augmentant de manière significative et conséquente le nombre de gynécologues médicaux formés chaque année ?

R : Absolument ! Selon vos sources, il y aurait 7 gynécologues médicaux pour 100 000 femmes de plus de 15 ans. Ce qui me semble bien insuffisant pour assurer une réelle politique de santé et de suivi gynécologique régulier. Le départ à la retraite des médecins gynécologues ne fera qu’amplifier le manque et les médecins généralistes ne pourront y suppléer. D’une part par manque de qualification et de temps et, d’autre part, tout comme dans d’autres secteurs, leur numerus clausus a trop longtemps été maintenu au plus bas.

Nous devons réellement respecter nos principes de 1945-1946, tout en impliquant cette fois l’ensemble des acteurs - médecins et non médecins - dans un renouvellement de la politique de santé publique.

Il faut que cessent le triage des soins (environ un tiers des Français sont exclus des dépenses médicales) et le harcèlement dont sont victimes les médecins et les soignants : réduction des moyens, des malades à flux tendus, chaque fois plus de gestion et une dépréciation constante du travail. La santé publique et l’hôpital public : si nous ne les sauvons pas, c’est toute la société qui se disloquera, et avec elle, tout sens de solidarité et de progrès sans lesquels il n’y a pas de générations futures.