2012

2012/04/12_Réponse du Front de Gauche, pour Jean-Luc Mélenchon

Mesdames,

Nous avons eu le plaisir de vous rencontrer le 4 avril et nous avons constaté une large convergence de vues entre nous.

Nous partageons la conviction que le gynécologue médical est le meilleur allié des femmes dans la prévention des cancers et de toutes les pathologies spécifiques, mais aussi de leur santé en général, en raison de la relation particulière nouée avec un praticien auquel on confie son intimité tout au long de sa vie.

Le Front de Gauche et son candidat Jean-Luc Mélenchon se sont prononcés pour l’abrogation de la loi HPST, en raison des nuisances qu’elle produit tous les jours en matière de santé publique et de renoncement aux soins.

Nous réaffirmons en particulier notre opposition aux articles de la loi qui morcellent le corps des femmes en confiant la possibilité du suivi gynécologique à des professionnels de santé qui n’ont pas cette formation. La loi HPST a organisé, de façon insidieuse, la pénurie généralisée en détournant des salles d’accouchement et du suivi des grossesses les sages-femmes vers des activités supplémentaires de gynécologie médicale. Or, les sages-femmes non seulement ne sont pas des médecins mais leur faire assumer des missions pour lesquelles elles ne sont pas formées revient à les mettre professionnellement en danger. De plus, elles ne sont elles-mêmes pas en nombre suffisant. Exiger l’abrogation de la loi HPST c’est également dénoncer la logique comptable qui s’est concrétisée notamment par le développement de la pratique des "sorties précoces de maternité". Il s’agit d’y mettre un terme car elles font courir des risques sanitaires importants pour les mères et leurs enfants. Ainsi l’Académie de médecine a alerté sur la résurgence de la jaunisse du nouveau-né, maladie qui avait disparu depuis 40 ans et qui revient en raison des sorties précoces de maternité. Il est temps de sortir la santé de la logique comptable qui vise à détruire le système de santé issu du Conseil national de la Résistance.

Quant aux pharmaciens, qui se sont vu attribuer des compétences nouvelles (étant dorénavant autorisés à délivrer la pilule sans examen clinique pourtant souvent nécessaire), ils contribuent indirectement à laisser croire que la santé serait un élément accessoire notamment concernant le corps et la santé des femmes et marchand, justifiant les réductions de personnels, etc. Tout cela contribue à aboutir à de véritables déserts médicaux, dans les secteurs urbains comme à la campagne. La permanence des soins est menacée. Pour les malades et leurs proches, les distances augmentent, avec tous les risques et les coûts supplémentaires que cela comporte. Pour nous les professionnels de santé ne sont pas interchangeables, leurs spécialités correspondent à des besoins dans le cadre d’un système de santé faisant de l’Humain d’abord une priorité. Il faut impérativement revenir sur ce cadre d’une "délégation de tâches", car ces derniers même s’ils sont des professionnels de santé ne sont pas pour autant les médecins.

Nous nous opposons à toute remise en cause de l’actuelle maquette du diplôme, qui a fait la preuve de son efficacité au service de la santé et du bien-être des femmes.

Nous créerons 3000 postes au moins, afin de rattraper le retard consécutif à la suppression de cette spécialité de 1986 à 2003. C’est indispensable pour permettre à chaque femme de bénéficier au moins d’une consultation par an. Car si la mobilisation de votre association a permis après plusieurs années d’actions la création le 1er février 2003 d’un diplôme spécifique de gynécologie médicale, et donc à la formation après plus de 15 ans d’interruption de la formation, nous devons impérativement développer cette spécialité faite "sur mesure" pour les femmes. La santé de millions de femmes est en jeu, elles doivent pouvoir être suivies, garantie de guérison de cancers, curables parce que pris à temps. C’est une urgence car les effectifs des gynécologues médicaux ne cessent de diminuer de façon inquiétante. Nombre de femmes témoignent des difficultés à trouver un ou une nouvelle gynécologue du fait des nombreux départs à la retraite, les jeunes femmes sont elles aussi fortement pénalisées du fait que certaines régions se sont transformées en déserts médicaux.

Les conséquences dramatiques en matière de santé du fait du retard de diagnostic iront en s’aggravant si de très nombreux postes ne sont pas ouverts au concours, d’autant qu’aujourd’hui la moyenne d’âge des gynécologues médicaux encore en exercice est de 57 ans. La vision comptable de la santé qui s’est imposée doit être profondément remise en cause. Au Front de Gauche nous n’acceptons pas de voir disparaître cette spécialité et contestons les propos de Mme Bachelot lorsque cette dernière justifiait du faible nombre de postes ouverts : "Les gynécologues médicaux n’assurent pas à eux seuls le suivi des femmes pour les problèmes gynécologiques, la contraception et le dépistage. Les médecins généralistes et les gynécologues obstétriciens assurent également chacun dans leur champ de compétence cette prise en charge.". Il n’est pas vrai que sur des questions aussi intimes que le corps le généraliste, souvent médecin de famille, puisse remplacer la gynécologue, car c’est nier à la fois le caractère spécifique des problèmes de santé des femmes et la nécessité de la prise en charge de cette spécificité par des médecins formés pour cela. Et c’est aussi ignorer que les médecins généralistes sont déjà dans l’impossibilité dans nombre de régions et de zones rurales d’assurer la prise en charge des populations.

Nous renforcerons l’information dans les établissements scolaires en accordant à la médecine scolaire les moyens appropriés en terme de revalorisation de la rémunération et de créations de postes.

De plus, l’accès à la contraception mais également à l’interruption volontaire de grossesse doit être défendu pour que les femmes se voient garantir le droit à disposer de son corps. Il s’agit de redonner les moyens aux centres de planification familiale dans le cadre du service public, de les développer ; de maintenir des lieux de proximité à taille humaine répartis sur l’ensemble du territoire avec un personnel dédié et volontaire ; d’instaurer le remboursement de tous les moyens de contraception et de faire respecter l’application de la loi : un centre IVG dans chaque hôpital et de permettre la remise des pilules d’urgence par les infirmières des établissements scolaires.

La santé des femmes passe par le développement d’une santé publique adossée à des campagnes d’information sur la sexualité, la contraception, le droit à l’avortement, le nécessaire suivi médical gynécologique. C’est toute une politique de prévention au service d’une éducation à la santé.

Le Front de Gauche est la seule force politique qui ne professe pas la réduction des "déficits publics" au motif de la dette, et qui propose une réforme fiscale ambitieuse permettant de financer des services publics à la hauteur des besoins au moyen d’un autre partage des richesses, parce que la santé n’est pas uniquement un bien individuel. Elle est aussi un bien commun et un droit, qu’il faut démocratiquement protéger.

Recevez, mesdames, nos salutations les meilleures

Catherine Jouanneau, co-animatrice du Front de Gauche de la santé

Pascale le Néouannic, membre de l’équipe de campagne du candidat