2012

2012/06 - lettre à Mme Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé

Paris, le 22 juin 2012.

Madame la Ministre, Vous êtes maintenant en charge de la Santé publique. C’est à ce titre que nous nous adressons à vous, car le Comité de Défense de la Gynécologie médicale (CDGM), que vous connaissez, soucieux de la santé des femmes, est extrêmement préoccupé quant à la place et au devenir de la gynécologie médicale.

Vous savez vous-même ce que représente pour une femme le suivi personnalisé, tout au long de sa vie, assuré par le médecin spécialiste qu’est le gynécologue médical : au cours de cette consultation, si particulière et intime, se noue un lien privilégié dont le bénéfice médical est bien reflété par les indices de santé des femmes dans notre pays. (Nombre de cancers de l’utérus divisé par 4 en vingt ans, taux d’hystérectomies de 6,7 % alors qu’il est de 35 à 45 % chez nos voisins européens, survie après un cancer du sein : l’une des meilleures d’Europe.)

La lecture de la lettre-mémorandum que nous avons adressée à François Hollande, comme à tous les candidats à l’élection présidentielle, et que nous joignons à ces lignes ne peut que vous faire partager notre constat, ainsi que l’inquiétude qui est la nôtre et celle de millions de femmes.

Les chiffres donnés par l’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé résument à eux seuls la gravité de cette situation : les effectifs actuels ne permettent plus qu’à un quart des femmes en âge de consulter d’avoir accès au spécialiste de gynécologie médicale. (Elles étaient 60 % en 1997.)

Les femmes, c’est vital pour elles, veulent pouvoir continuer à consulter un gynécologue médical. Elles attendent une décision politique forte qui redonne à cette spécialité irremplaçable sa place unique dans la santé publique. Cela implique de manière urgente la formation, chaque année, de gynécologues médicaux en nombre suffisant, c’est-à-dire dès à présent une augmentation significative du nombre de nominations attribuées à la gynécologie médicale à l’Examen Classant National.

Le caractère spécifique des problèmes de santé des femmes doit être ainsi reconnu, en même temps que la nécessité de la prise en charge de cette spécificité par des médecins formés pour cela, les gynécologues médicaux.

C’est cette conception de la spécialité qui nous a conduites à nous opposer à celle de Mme Bachelot dans la loi HPST : le transfert de tâches qu’elle préconisait aboutissait au morcellement entre plusieurs professionnels de santé du suivi assuré aujourd’hui par UN spécialiste, instaurant ainsi entre les différents actes pratiqués une séparation artificielle et qui met en danger la santé des femmes.

L’Ordre des médecins est d’ailleurs intervenu pour le souligner, exprimant son opposition, et montrant la gravité de telles dispositions, notamment en ce qui concerne la prescription de la contraception.

Par sa continuité, sa ténacité, l’action des femmes avec le CDGM a permis, vous le savez, après dix-sept ans d’interruption de la formation, le rétablissement de la spécialité par la création du diplôme, avec un accès spécifique direct des femmes à leur gynécologue médical.

Cette détermination est toujours aussi forte, car il s’agit de leur vie, de leur santé et de celles des jeunes générations.

Nous avons exposé cette situation au Dr Claude Pigement, lorsqu’il a reçu une délégation du CDGM au nom du candidat François Hollande.

Vous-même, comme parlementaire, vous connaissez le dossier, et nous n’avons pas oublié que vous êtes intervenue à l’Assemblée nationale pour appuyer les demandes des femmes concernant la garantie de l’accès direct.

Aujourd’hui, au moment où vous prenez la charge du ministère de la Santé, nous souhaitons vous rencontrer personnellement, vous le comprendrez, afin d’avoir avec vous un échange de vive voix sur cette grave question de santé publique, qui concerne plus de la moitié de la population.

L’urgence est d’autant plus grande que, comme vous le savez, l’attribution du nombre de nominations à l’ECN pour les différentes spécialités devrait intervenir sous peu.

Dans l’attente d’une réponse favorable de votre part, nous vous prions de trouver ici, Madame la Ministre, avec nos remerciements pour votre attention, l’expression de notre attachement à la santé des femmes.