1999

Conférence de Presse au Senat (5/5/99)

Mesdames, messieurs, bonjour, sachez que nous sommes três heureuses de vous accueillir aujourd’hui. merci d’être venus. Si vous êtes venus nombreux, c’est que vous avez senti, je pense, qu’au delà de l’apparence d’une rivalité professionnelle, la question débattue aujourd’hui est beaucoup plus grave et plus profonde pour les femmes.

Il s’agit de l’élimination, discrête, programmée de longue date , d’une spécialité qui touche au plus intime de la femme, la gynécologie médicale.

Pourquoi parlons-nous d’élimination ?

Pour 2 raisons :

- Le premier point est une certitude : on ne forme plus de gynécologues médicaux : dans 25 ans, il n’y aura plus un seul gynécologue médical si nous ne réagissons pas. - 2ême point, avec le systême de médecin référent, la liberté de consulter librement son gynéco est fortement remise en question.

Qui sommes-nous, nous qui vous parlons aujourd’hui ?

Nous sommes une association de femmes et de gynécos en révolte contre ce que nous considérons comme un grand mépris pour les femmes . Notre association s’appelle "Pour la Santé des Femmes, Comité de Défense de la Gynécologie Médicale".

Cette association est née dans le fin fond de la France profonde, en pays cathare, et a rapidement diffusé dans tout le pays ; nous nous battons depuis bientôt deux ans.

Nous représentons aujourd’hui 150.000 personnes, en grande majorité des femmes.

Pourquoi nous battons-nous ?

Pour maintenir en France la gynécologie médicale. à laquelle 10 millions de femmes sont três attachées. Cette spécialité aurait disparu dans le silence complet si nous n’avions pas réagi.

Or nous sommes convaincues qu’il s’agit d’une grave erreur, d’un immense gachis, qui entrainera un grand retour en arriêre pour la prévention et la santé des femmes de demain.

Il ne s’agit pas d’un combat corporatiste, mais d’une lutte pour la santé des femmes, pour le droit d’être soignées dans les meilleurs conditions médicales et humaines.

Les femmes qui ont démarré cette action, dont trois sont à cette table, se sont battues à diverses époques de leur vie pour le droit à la contraception, le droit à l’IVG et son application dans de bonnes conditions médicales et humaines, le droit à l’accouchement également dans de bonnes conditions médicales et humaines, bref le droit à la dignité de la femme en ce qui concerne ses choix et sa santé.

Nous avons trop souvent assisté pendant nos études à des situations de mépris total vis à vis des patients et en particulier des femmes, Nous n’acceptons pas cette médecine.

Quelles sont nos actions depuis deux ans ?

1) informer la population et en particulier les femmes qui ne sont au courant de rien et leur donner la possibilité de réagir à temps, si elles le décident. Sachez qu’elles sont atterrées quand elles l’apprennent ; Votre rôle à vous la presse, dans ce domaine est fondamental.

2) Ensuite discuter avec les décideurConférence de Presse 5/5/99 au Sénats et, puisqu’ils sont en train de faire une réforme des études médicales, leur faire comprendre que cette suppression est une erreur dangereuse.

Une pétition circule dans toute la France : 150.000 femmes à ce jour ont signé, elles réclament le maintien de la gynécologie médicale.

Elles veulent :

- conserver le libre accês à leur gynécologue aujourd’hui, - que l’on forme à nouveau, en nombre suffisant, des gynécologues médicaux pour demain"

Qu’est-ce que la gynécologie médicale ?

La gynécologie médicale n’existe qu’en France ; Elle s’occupe de la prévention et des soins de tous les problêmes gynécologiques d’une femme de 10 à 99 ans...

C’est une spécialité faite "sur mesure" pour les femmes d’aujourd’hui, alors qu’il y a 50 ans , les femmes avaient essentiellement besoin de médecins accoucheurs et de chirurgiens.

C’est une médecine de femmes, "de bonnes femmes" disent nos prédateurs, comme les appelle M. Catherine de La Roche, pratiquée essentiellement par des femmes (87%), où la compétence, la minutie et la conscience professionnelle sont três importantes, mais aussi le tact, l’écoute, le temps, les échanges. Nous touchons au coeur des femmes, à leur intimité ; Cela impose douceur et respect.

Nous sommes souvent les seules personnes à qui elles osent se confier. A une époque où les violences familiales ou conjugales se multiplient, c’est important.

Notre spécialité se distingue et est complémentaire de la gynécologie-obstétrique, spécialité chirurgicale, plus technique, plus interventionniste car plus orientée justement vers les accouchements à risque et la chirurgie.

Il fut une três longue époque où les accouchements étaient du domaine des femmes, mais les sages-femmes elles aussi se sont fait rogné les ailes.

La Gynécologie Médicale permet aux femmes d’être suivies durant toute leur vie par le même médecin, qu’elles ont choisi, spécialiste et compétent, non chirurgien (mais apte à décider si une intervention est indispensable ou non), disponible (car peu dérangé par les épidémies de grippe ou les accouchements), le plus souvent une femme comme elles, qui a choisi cette spécialité, pratiquant une médecine à echelle humaine et personnalisée, à qui elles vont oser se confier et par qui elles osent être examinées sans trop de gêne.

Grâce à cela, grâce à cette relation, la prévention a pu se développer et 60% des femmes en France s’imposent de faire réguliêrement des examens qu’elles n’aiment pas, mais dont elles comprennent l’utilité.

Contrairement aux autres pays européens, ces consultations spécialisées sont jusqu’à présent prises en charge par la sécurité sociale, donc accessibles à toutes, surtout dans les départements où les plus démunies bénéficient de la carte santé.

Dans les autres pays européens, il n’y a pas de gynéco médicaux ; c’est le médecin généraliste qui assure, ou pas, le suivi gynécologique des femmes et qui adresse, plus ou moins,rapidement, au gynéco-obstétricien les femmes qui lui posent un problême.

Cette spécialité va disparaitre, vous ai-je dit. Quels sont les faits ?

Jusqu’à 1986, il y avait deux spécialités différentes : la gynécologie médicale et la gynécologie-obstétrique.

Chaque étudiant, en fonction de ses motivations choisissait celle qui lui convenait. Ils avaient un temps de formation commune et un temps de formation spécifique.

Or, il y a 13 ans, sous Michêle Barzach, on a supprimé la spécialité de gynécologie médicale. Depuis 1986, on ne forme plus de gynécologues médicaux.

Sous prétexte d’uniformisation des diplômes européens, la spécialité de gynécologie médicale a disparu purement et simplement et a été remplacée par une spécialité unique, classée chirurgicale : la gynécologie-obstétrique, principalement orientée, comme nous l’avons vu, vers les accouchements "à risques" et la chirurgie gynécologique.

Par conséquent, dans 15 à 25 ans, il n’y aura plus de gynécos médicaux.

Par ailleurs, il est prévu aujourd’hui, dans la réforme des études médicales en cours, qu’on va former en deux ou trois mois les futurs médecins généralistes pour , je cite, "prendre en charge une série d’actes actuellement confiés aux spécialistes, par exemple : surveillance de la grossesse, prescription des traitements contraceptifs et traitements hormonaux de la ménopause."

Mais les gynécos médicaux vont peut-être disparaitre beaucoup plus rapidement grâce à l’existence des médecins référents.

En effet, une femme qui signe un "contrat de fidélité" avec son médecin devenu référent, s’engage à ne consulter que lui en premiêre intention.

Elle n’est plus libre, en principe, de consulter directement son gynéco sans l’accord de son médecin. Elle n’a plus la liberté de choisir son médecin dans ce domaine três particulier.

C’est le début d’une médecine à deux vitesses.

Quel type de médecine est prévu pour les femmes demain ? Quel systême va nous remplacer ?

Plusieurs systêmes sont prévus :

1) Tout d’abord, nous l’avons vu, le médecin généraliste serait formé en 2 mois pour assurer la surveillance des grossesses, la contraception, le dépistage et les traitements de ménopause. De qui se moque-t-on ?

Que l’on se comprenne bien, un certain nombre de médecins généralistes font depuis longtemps de la gynécologie et sont compétents. Ils sont motivés et ont pris le temps de se former correctement en gynécologie (beaucoup plus que 2 mois).

Mais, la plupart des médecins n’en ont pas le temps et souvent pas l’envie et beaucoup de femmes, pour des raisons de pudeur ou de discrétion ne souhaitent pas consulter leur médecin de famille, surtout si c’est un homme,"pour ça".

2) Il y aura des centres de dépistages :

* - Les femmes seront invitées, ou convoquées pour aller faire un frottis tous les 3 ans, où ? par qui ? chez leur docteur ?, au labo ?, dans un centre de dépistage anonyme ?

L’organisation de ces dépistages coûte três cher. On s’appuie sur des statistiques des pays nordiques.

Croyez-vous que nos femmes latines seront aussi disciplinées que les femmes du Nord ? * Les femmes de plus de 50 ans seront convoquées pour passer un mammotest, examen radiologique à minima, sans être examinées, tous les 3 ans. Tant pis pour elles si elles ont un cancer à 39, 46 ans ou 51 ans que personne n’aura palpé. * Il est bien sûr prévu et annoncé par Mr Johannet que les examens dans l’intervalle ne soient plus pris en charge complêtement. (voire un jour plus du tout ?)

3) Il y aura des centres de stérilité, pour explorer et traiter les stérilités, três spécialisés et três impersonnels.

4) et des gynéco-obstétriciens pour les accouchements et les interventions chirurgicales.

Bref, au lieu d’être Madame X, qui a choisi sa gynéco, à qui elle peut parler de tout , qui la connait bien, depuis tant d’années, qui connait ses nodules dans les seins et les surveille, qui sait qu’elle a eu de grosses difficultés dans son couple ou qu’elle a perdu sa mêre il y a un an et n’arrive pas à s’en remettre, bref au lieu d’être une femme suivie par un médecin de confiance, elle risque fort d’être un col d’utérus , 2 seins entre 2 plaques, une stérilité ou une hystérectomie.

Peut-être me trouverez-vous bien pessimiste, mais je préfêre être sûre de conserver notre médecine humaine et personnalisée d’aujourd’hui.

Pourquoi est-ce un grave danger pour la santé des femmes ?

Grâce aux consultations de gynécologie médicale depuis 30 ans :

- la contraception est rentrée dans les moeurs dans de bonnes conditions (nous sommes le pays où elle est la plus diverse et la plus diffusée),

- la prévention s’est considérablement développée : prévention des cancers et des MST responsables de morts, de stérilités, d’ interventions chirurgicales mutilantes physiquement et psychologiquement ;

- Grâce à nos traitements médicaux et hormonaux, bien des "totales" pour fibromes sont devenues de nos jours inutiles et, par ailleurs, nous prévenons sans danger l’ostéoporose de la femme plus agée.

Quelques chiffres :

D’aprês les chiffres des registres des cancers, il y avait environ 6000 cancers invasifs du col de l’utérus par an, il y a 20 ans, il y en a 1600 aujourd’hui.

Dans les autres pays européens, 30 à 46% des femmes n’ont plus d’utérus à 50 ans , contre 14% chez nous à la fin de leur vie.

13% de plus de survie dans le cancer du sein chez les femmes françaises d’aprês l’Agence Internationnale pour la Recherche sur le Cancer.

Qu’en disent les femmes ?

Si nous n’avons plus la liberté de choisir notre médecin dans ce domaine, nous ne consulterons plus : Sur 3000 femmes, aujourd’hui suivie par un gynécologue :

- 1 femme sur 6 seulement continuera à se faire suivre réguliêrement. - 80% consulteront moins souvent. - 57% ne consulteront qu’en cas de problême.

C’est la fin de la prévention.

C’est le début d’une médecine à 2 vitesses.

Pourquoi les femmes ont-elles besoin de choisir leur médecin ?

C’est sur les liens de confiance entre le médecin et sa patiente que reposent le désir de consulter et donc toute politique efficace de prévention. Ces liens se construisent petit à petit : Les femmes choisissent un médecin, d’abord pour sa compétence (’vous êtes formés pour ça’ et ’chacun son métier’), mais aussi pour oser se confier et parler de leur problêmes intimes de femmes et oser se faire examiner sans trop de gêne.

- La gynécologie est le domaine de la pudeur, de l’intimité, de la discrétion, de la sexualité.

- Leur relation avec leur médecin de famille ne permet pas toujours ce type de consultation (mon docteur, je l’aime beaucoup, j’ai toute confiance en lui, je n’ai pas l’intention d’en changer, mais pour ça, il n’en est pas question, je n’irai pas).

- Les jeunes sont les plus catégoriques : ìmon médecin me connaît depuis que je suis toute petite, il n’est pas question que j’aille le voir pour ëça’, je me débrouillerai.î

ATTENTION : Les jeunes seront le plus en danger, car elles sont les plus pudiques et les plus gênées et en outre, elles ne voient pas encore três bien l’intérêt d’un examen régulier ; or elles peuvent être porteuses de MST responsables de stérilité, de cancers, de décês...

Je conclurai en disant que le suivi gynécologique régulier des femmes par un spécialiste n’est pas un luxe superflu.

1) En ce qui concerne la disparition de notre spécialité

Alors qu’on prétend vouloir améliorer le dépistage et la prévention des MST et des cancers féminins, est-ce raisonnable de supprimer ceux et celles qui ont été spécifiquement formés dans ce sens, qui ont développé cette prévention jusqu’à ce jour et exercent leur métier avec compétence et efficacité et à qui 10 millions de femmes font confiance.

Oui, nous sommes une exception française ; les femmes européennes viennent se faire soigner chez nous et nous envient. Au lieu de supprimer les gynécologues médicaux en France, sous prétexte d’uniformisation des diplômes européens, cherchons donc plutôt à promouvoir dans les autres pays de la communauté cette spécialité, qui correspond si parfaitement aux besoins des femmes d’aujourd’hui.

2) En ce qui concerne la liberté de choix des femmes

Laissez aux femmes la liberté de choisir leur médecin : c’est la garantie élémentaire d’une médecine de qualité et d’une politique de prévention efficace et formons à nouveau des gynécologues médicaux pour l’avenir.

On évitera ainsi une médecine à 2 vitesses, une chute de la prévention, une remontée en flêche des MST, des cancers, des IVG...



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