2012

2012/10 - Mémoire pour l’entrevue au Ministère le 8 octobre 2012

Mémoire adressé au Ministère pour l’entrevue du 8 octobre 2012

Le 1er février 2003, répondant enfin à l’attente de millions de femmes, soutenue par des élus de toute sensibilité politique et d’innombrables organisations de professionnels de santé, les pouvoirs publics décidaient de créer le Diplôme d’Etudes Spécialisées de Gynécologie Médicale, spécialité médicale en 4 ans. Cela faisait 17 ans que la France ne formait plus de gynécologues médicaux avec, comme conséquence, la disparition progressive et inéluctable d’une spécialité qui a valu à notre pays des résultats très intéressants en matière d’espérance de vie des femmes, en particulier à partir d’un dépistage précoce des cancers féminins, d’une utilisation individualisée des contraceptifs, d’un suivi de qualité.

Grâce à la décision prise en 2003, 74 internes ont, depuis 2007, obtenu leur diplôme, 22 ont fini le post-internat. 11 sont engagés dans une activité hospitalière temps plein, 10 se sont installés en ville, 10 exercent en ville et à l’hôpital.

De nouvelles possibilités ont donc été ouvertes pour l’amélioration de la santé des femmes, notamment pour faire reculer le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus.

Une nouvelle chance aurait pu être offerte pour garantir le droit à toutes les femmes d’accéder à cette spécialité vitale pour leur santé.

-  A) Mais ce n’est pas le cas en raison du trop faible nombre de nominations en gynécologues médicaux au Concours de L’ECN.

Lors des discussions préalables à la création du diplôme, les pouvoirs publics avaient considéré la proposition de 60 postes par an comme nécessaire et raisonnable, compte tenu des possibilités de stages.

Nous en sommes loin.

20 postes ont été ouverts en 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008. L’année 2009 a vu l’ouverture de 27 postes, 24 en 2010, 30 en 2011.

Alors que nous étions persuadées que notre message avait été entendu par les représentants de la nouvelle majorité parlementaire, nous avons été extrêmement déçues d’apprendre que le nombre de postes n’était pas augmenté.

Cet état de fait ne correspond pas à ce qui est nécessaire pour que les gynécologues médicaux qui partent en retraite soient remplacé(e)s. Il ne correspond pas non plus, et c’est pour nous incompréhensible, à ce qui serait possible compte tenu des possibilités de stages (40 immédiatement). C’est ainsi que 7 postes seulement (finalement 6, ndlr) ont été ouverts au concours en Ile de France alors que 10 possibilités de stage avaient été déclarées.

Le CDGM n’a jamais voulu opposer les spécialités médicales les unes aux autres. Quelle femme le ferait alors que nous avons besoin de généralistes pour nous soigner ainsi que nos familles, d’obstétriciens pour permettre à toutes les femmes d’accoucher et d’être opérées en sécurité, autant que nous avons besoin de gynécologues médicaux pour le suivi gynécologique qui nous concerne. Nous avons, à de nombreuses reprises, attiré l’attention des pouvoirs publics sur ce qu’il y a de proprement aberrant dans l’idée selon laquelle, pour augmenter le nombre de gynécologues médicaux en ville, il faudrait augmenter le nombre de gynécologues obstétriciens. Idée qui s’appuie sur le fait, incontestable, lui, que nombre de cabinets de gynécologues médicaux sont repris par des obstétriciens. Cette réalité plaide tout au contraire, comme nous l’avons dit, pour un rééquilibrage du nombre de postes, car il apparaît absurde d’investir dans une formation chirurgicale en 5 ans alors qu’existe une formation adaptée au choix qui est fait d’exercer la gynécologie médicale, spécialité non chirurgicale.

-  B) La possibilité pour les femmes de confier leur suivi gynécologique au spécialiste formé pour cela est remise en cause.

Selon l’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé (rapport de février 2011), les effectifs actuels ne permettent qu’à un quart des femmes en âge de consulter d’avoir accès à leur spécialiste. Si cette constatation se suffit à elle-même, il convient quand même de préciser que, selon les atlas régionaux 2011 du Conseil National de l’ordre des médecins :

  • 43 gynécologues médicaux exercent dans la région Auvergne. 33% sont âgés de plus de 60 ans. La densité moyenne est de 0,5 gynécologue pour 5000 femmes en âge de consulter. 76 bassins de vie ne recensent AUCUN gynécologue.
  • 187 gynécologues médicaux exercent en Bretagne. 110 bassins de vie ne recensent AUCUN gynécologue. 33% des gynécologues en exercice ont plus de 60 ans.
  • 875 gynécologues exercent en Ile de France, soit une moyenne de 0,8 pour 5000 femmes. Près de la moitié (48%) vont, en raison de leur âge, partir dans les 5 ans.

Et les autres résultats sont du même ordre. Les femmes de ce pays devraient donc, si les pouvoirs publics ne prennent pas la décision d’augmenter le nombre d’internes, s’habituer à ne plus trouver de gynécologue médical ?

Ces simples chiffres devraient inciter les pouvoirs publics à opérer le tournant indispensable dans la formation de nouveaux gynécologues médicaux.

-  C) Ne plus trouver de gynécologues médicaux ? Une régression aux conséquences incalculables.

Outre les conséquences déjà très sensibles aujourd’hui pour les femmes, habituées à consulter régulièrement leur gynécologue médical, la situation est particulièrement dangereuse pour la jeune génération. Les témoignages recueillis par le CDGM auprès des jeunes filles indiquent que, pour beaucoup d’entre elles, la difficulté à prendre rendez-vous avec le gynécologue évolue vers un abandon pur et simple du modèle transmis par leurs mères de l’indispensable suivi gynécologique. Evidemment, c’est plus tard que nous risquons, malheureusement, d’en lire la traduction dans les résultats de santé publique.

Il faut bien dire que cette situation, inimaginable dans les années 1980, à laquelle vient s’ajouter l’insuffisance criante du nombre de médecins et d’infirmières scolaires, prépare des drames qui pourraient être évités.

Nous avons examiné les résultats des recherches récentes sur la contraception et noté en particulier la constatation que, dans la tranche 20 - 24 ans, l’utilisation moindre de la pilule n’est pas compensée par le recours à d’autres moyens de contraception. Les chercheuses de l’INSERM ont révélé que « les professionnels de santé semblent avoir du mal à changer leurs pratiques car ils n’ont souvent pas renouvelé des connaissances anciennes qui ont depuis été remises en cause par les dernières études scientifiques ».

Il est impossible de décider que les jeunes générations devraient se passer de la gynécologie médicale. Et c’est pourtant ce qui va être la réalité si les pouvoirs publics ne décident pas d’un signal fort par la progression REELLE et SERIEUSE du nombre de postes.

- D) Enfin, nous souhaitons attirer l’attention des pouvoirs publics sur les constatations développées par de nombreux spécialistes cancérologues, pour qui le meilleur suivi, après traitement d’un cancer du sein, est le suivi par les gynécologues médicaux de ville. Des préconisations qui resteront lettre morte si le nombre de postes n’augmente pas de façon significative.

En conclusion, le CDGM vous fait part de son extrême inquiétude quant à la santé des femmes et vous demande de lui indiquer précisément ce que vous comptez faire.