1999

2009/06 - Un débat d’une heure et demie au Sénat !

KOUCHNER REPOND UNE DERNIERE FOIS.

SENAT - SEANCE DU 15 JUIN 1999

DISPARITION DE LA GYNECOLOGIE MEDICALE

M. le président. L’ordre du jour appelle la discussion de la question orale avec débat n°13 de Mme Nicole Borvo à M. le secrétaire d’Etat à la santé et à l’action sociale sur la disparition de la gynécologie médicale. La parole est à Mme Borvo, auteur de la question.

Mme Nicole Borvo. Monsieur le président, monsieur le secréraire d’Etat, mes chers collègues, pourquoi organiser maintenant ce débat sur l’avenir de la gynecologie médicale ?

La question ne date pas d’aujourd’hui : depuis plus d’un an, de nombreux et surtout, dirais-je, de nombreuses parlementaires ont interrogé le Gouvernement, et vous avez eu, monsieur le secrétaire d’Etat, l’occasion de répondre.

La gynécologe médicale, spécialité propre à la France, pratiquée par environ 2000 médecins spécialistes de ville qui revendiquent six à dix millions de patientes régulières, est menacée, et ce pour deux raisons : l’une tient à la suppression de cette spécialité médicale pour cause d’harmonisation européenne ; l’autre tient à la tendance forte, depuis les ordonances Juppé, à faire du médecin généraliste un passage obligé avant toute consultation d’un spécialiste.

Aux inquiétudes exprimées, vous avez répondu que, d’une part, les gynécologues obstétriciens -filière unique de formation, à l’heure actuelle- ont toute possibilité de s’orienter vers la gynécologie médicale, ce que certains d’entre eux font d’ailleurs et que, d’autre part , les médecins généralistes, qui ont la possibilité d’acquerir une formation specialisée, sont tout à fait aptes à pratiquer la gynécologie médicale.

S’agit-il donc alors d’un débat de spécialistes, d’une querelle corporatiste ? Je ne le pense pas, et c’est la raison pour la quelle j’ai souhaité que ce débat soit ouvert.

Certes, j’ai été sensibilisée au problème, comme d’autres, par les praticiens et par le comité de défense de la gynécologie médicale qu’ils ont constitué ; mais ce qui m’intéresse en l’occurrence, ce sont les femmes. En effet, 150000 femmes ont signé une pétition, et il y a là, à mon sens, l’expression d’une forte revendication féminine, une question de société en quelque sorte.

Débat de société, l’avenir de la gynécologie médicale l’est à double titre. En effet, la création de cette spécialité de la médecine française, en 1966, est liée au mouvement pour le planning familial.

Le fait que 87% des praticiens soient des femmes et que l’évolution de leur exercice professionnel en ait fait des specialistes du suivi global des problèmes de santé spécifiques des femmes manifeste que leur existence et leur succès sont très liés aux luttes des femmes de ces trente dernières années.

Comment ignorer que cette spécialité a largement contribué à la reconnaissance du droit à la contraception, puis à la diffusion de celle-ci, à sortir l’interruption volontaire de grossesse de la clandestinité ou à prendre en compte les troubles de la sexualité ?

Par ailleurs, les consultations de gynécologie médicale ont sans aucun doute largement contribuéà la prévention et au dépistage précoce. C’est le cas pour les maladies sexuellement transmissibles et leurs conséquences lourdes, pour le dépistage des cancers du col de l’utérus et du sein, pour les traitements hormonaux et pour la prise en charge des troubles de la post-cinquantaine.

Comment ne pas attribuer au rôle de prévention des gynécologues médicaux le fait que le nombre des cancers du col de l’utérus - 6000 environ il y a vingt ans- ait pu être réduit à 1600 environ actuellement ?

On constate d’ailleurs, dans l’ enquête réalisée par la SOFRES pour le comité de défense de la gynécologie médicale, que, pour 93 % des femmes interrogées, le dépistage des cancers féminins esr le premier motif de consultation.

De même, on peut attribuer au développement de la prévention, auquel les gynécologues médicaux ont principalement contribuer, le fait que les interventions chirurgicales mutilantes physiquement et psychologiquement soient évitées. Par exemple , dans le pays anglo-saxons, qui ne connaissent pas cette spécialité, 30 à 46 % des femmes ont subi une hystérectomie à cinquante ans, contre à 14 % des femmes à la fin de leur vie, en France.

J’ajoute que, selon l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer, les femmes françaises ont un taux de suivie à un cancer du sein nettement supérieur à celui des autres femmes de l’union européenne.

(Le reste de cette article peut être téléchargé en format PDF ici)



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