2014

2014/03/04 - Lettre du CDGM

Paris, le 4 mars 2014

COMITÉ DE DÉFENSE DE LA GYNÉCOLOGIE MÉDICALE

Lettre à toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la santé des femmes.

Le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale (CDGM) vient de tenir son Assemblée annuelle, au cours de laquelle il a fait le point sur l’accès des femmes à cette spécialité, vitale pour leur santé. Devant les témoignages et les faits rapportés quant à cet accès, il a décidé de s’adresser à tous ceux (syndicats, associations...) qui sont attachés à la santé des femmes.

Le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale a été créé en 1997 par des femmes et des gynécologues médicaux qui ont considéré que la suppression de la gynécologie médicale (en 1986), spécialité assurant prévention et soins par le suivi gynécologique personnalisé tout au long de la vie, faisait courir un grand danger aux femmes. Ensemble, ces femmes et ces gynécologues médicaux ont alors lancé une pétition pour le rétablissement de la formation, avec le diplôme, et l’accès direct des femmes à leur gynéco.

Une mobilisation sans précédent, qui allait s’appuyer sur 3 millions de personnes reprenant cette double exigence, a abouti, en février 2003, après 17 ans de suppression de la spécialité, au rétablissement de la formation avec la création du diplôme spécifique de gynécologie médicale.

Le CDGM sait que les femmes doivent le maintien de la gynécologie médicale comme spécialité autonome à leur action déterminée pour préserver un acquis essentiel pour elles, et qu’elles le doivent aussi aux nombreux soutiens que leur cause a reçus.

Le CDGM n’a jamais oublié ceux qui, syndicats, associations, parlementaires, ont soutenu cette mobilisation et qui ont donc contribué à faire entendre la volonté des femmes de pouvoir être suivies tout au long de leur vie par un médecin spécialiste. Et le CDGM a toujours considéré pour sa part que son action était une composante du combat pour le droit à la santé pour tous. Le rétablissement de la spécialité avec la création du diplôme spécifique a montré qu’il n’y avait rien d’inéluctable et que la volonté de défendre les acquis de santé pouvait l’emporter sur le retour en arrière qu’entraîne la mécanique de réduction des dépenses publiques.

C’est la même volonté qui a conduit le CDGM à agir pour le maintien de l’accès direct des femmes à leur gynécologue, au moment où la loi de 2004 relative à l’assurance maladie créait le médecin traitant et en faisait le passage obligé vers les spécialités indispensables au traitement des malades. Grâce à cette action, il a été reconnu aux femmes un accès spécifique à la spécialité de gynécologie médicale et il a été dérogé, par là-même, au « parcours de soins » qui remettait en cause l’accès direct auxquelles les femmes tiennent tant.

Cependant, alors même que les femmes ont eu satisfaction sur ces questions essentielles de l’existence du diplôme et de l’accès direct, et alors même que les bénéfices pour la santé des femmes de cette spécialité propre à notre pays ne sont plus à démontrer (en France, le nombre de cancers du col de l’utérus a été divisé par 4 en 20 ans, et les femmes sont seulement 6,7% à avoir subi une ablation de l’utérus à 50 ans, contre 40% aux Etats-Unis, 20 à 30% dans le reste de l’Europe), les faits montrent que la gynécologie médicale est en train de disparaître pour la grande majorité des femmes.

S’ajoutant à l’absence de formation pendant 17 ans, le faible nombre de postes d’internes attribués à la gynécologie médicale est en train de remettre purement et simplement en cause l’accès au gynécologue médical. En 2012, le CDGM, outre ses campagnes publiques, a pris l’initiative d’alerter les Agences Régionales de Santé, qui proposent le nombre de postes d’internes à former pour leur région, afin qu’elles comprennent que si elles n’en demandaient pas davantage elles contribueraient à la création de véritables déserts médicaux.

En Ile-de-France, présentée souvent comme une région privilégiée, le nombre de « bassins de vie » dans lesquels on ne peut trouver AUCUN gynécologue médical, qui était déjà de 74 en 2012, a encore augmenté en un an, passant à 76 en 2013. Et la situation ne peut aller qu’en s’aggravant puisque la moyenne d’âge des gynécologues médicaux en exercice pour cette région est de 60 ans. Nous avons là l’illustration de ce qui se passe dans tout le pays.

En raison de cette pénurie, un nombre croissant de femmes ne peuvent plus accéder à la consultation de gynécologie médicale. Les jeunes filles sont les premières victimes de cette situation, elles pour qui peuvent se poser de manière particulièrement aiguë les problèmes liés à la prévention, à la contraception, à l’IVG. Et découragées par la grande difficulté à obtenir un rendez-vous, elles évoluent même vers l’abandon, lourd de conséquences pour leur santé, du modèle transmis par leurs mères de l’indispensable suivi gynécologique. Alors que la gynécologie médicale, avec les progrès qu’elle a apportés, a changé la vie des femmes de ce pays, est-il acceptable que puisse s’installer ainsi ce qui serait une immense régression ?

La création de 41 postes en 2013, au lieu des 20 à 30 attribués par an depuis 2003, a été saluée par le CDGM comme un signe important. Cette décision toutefois ne suffit pas, et de loin, à rétablir une situation dont la gravité ne doit échapper à personne. Nous voulons rappeler en effet qu’au moment de la création du DES de gynécologie médicale, en 2003, c’est le chiffre de 60 postes d’internes par an qui avait été promis aux universitaires, et qu’avant la suppression de la spécialité en 1986 il en était attribué chaque année 130.

L’absence répétée d’une décision forte de la part des pouvoirs publics en termes de nombre de postes d’internes aboutit aujourd’hui à une situation de pénurie de ces médecins spécialistes qui ne cesse de s’aggraver d’année en année. En cinq ans, entre 2008 et 2013, le nombre de gynécologues médicaux en exercice a ainsi diminué de près de 500, connaissant une baisse de plus de 25%. Et en 2012, pour 22 nouveaux gynécologues médicaux, 98 sont partis (chiffres du Conseil national de l’ordre des médecins au 1er janvier 2013).

Ces quelques chiffres, à eux seuls, donnent la mesure du plan de rattrapage nécessaire de la part des pouvoirs publics.

Nous voulons aussi vous alerter : à entretenir cette situation de pénurie, ces mêmes pouvoirs publics en viennent à chercher des substituts à la gynécologie médicale.

On veut nous faire croire que le suivi gynécologique des femmes pourrait consister en actes de prévention isolés pouvant être réalisés en différents endroits et par des professionnels de santé divers. La femme serait alors réduite à une addition d’organes sans lien entre eux, avec le frottis par-là, la mammographie par-ci, la prescription de la pilule ailleurs encore, etc.

Cette conception aberrante de la médecine n’a pas d’autre fondement que le froid calcul d’économies à imposer, au mépris de tous les risques. Elle est loin de la pratique soignante attentive à la femme dans sa globalité développée par la gynécologie médicale. Et nous n’avons cessé d’alerter les pouvoirs publics sur cette dérive qui consiste à renoncer à former les médecins spécialistes dont les femmes ont besoin pour confier leur santé à des professionnels de santé non formés à cette spécialité.

Précisons que le CDGM s’est toujours énergiquement refusé à considérer qu’il pourrait y avoir opposition ou concurrence entre des professionnels de santé dont les femmes ne peuvent se passer. Aux tentatives répétées de division, nous avons toujours opposé notre conception de la complémentarité, qui suppose la formation en nombre suffisant des uns et des autres. Car les femmes ont besoin de plus de médecins généralistes pour les soigner elles et leur famille. Elles ont besoin de plus de sages-femmes dans les maternités. Elles ont besoin de plus de gynécologues obstétriciens pour pouvoir accoucher dans les meilleures conditions de sécurité et pour tous les actes chirurgicaux qui leur sont nécessaires. Et elles ont besoin de plus de gynécologues médicaux pour leur suivi gynécologique tout au long de leur vie.

Toute tentative de pallier la pénurie de professionnels de santé par des constructions artificielles, ne relevant que de préoccupations comptables, trouvera contre elle tous ceux qui considèrent que la santé est le bien le plus précieux et qu’il est inacceptable de faire courir des risques aux patients pour réaliser des économies dérisoires et à courte vue.

Au vu de la gravité de la situation, nous avons donc décidé de nous tourner vers toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la santé des femmes, car il s’agit d’une question de santé publique. Aussi venons-nous solliciter aujourd’hui votre soutien à notre demande auprès des pouvoirs publics de création des postes d’internes en gynécologie médicale nécessaires pour couvrir les besoins de santé des femmes, en même temps que du maintien de l’accès direct aux gynécologues médicaux. Nous souhaiterions pouvoir vous rencontrer pour vous faire part de ces préoccupations et envisager avec vous ce qui peut être fait touchant cette question qui concerne plus de la moitié de la population. La gynécologie médicale a toujours accompagné l’émancipation des femmes en France ; il faut la sauver pour les femmes d’aujourd’hui et celles de demain.

Pour le CDGM, les coprésidentes.

CDGM 11 rue Henri Michaux 75013 PARIS

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