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2014/09 - Article paru dans le n°48 de MGET mag

MGET Mag, Magazine de la Mutuelle Générale Environnement et Territoires N° 48, Septembre 2014, pages 28 et 29.

* Pour des raisons techniques, nous n’avons pu reproduire la mise en page ni les photos de cet article. Nous remercions l’auteur de nous avoir donné l’autorisation de publier la présente version sur le site du CDGM.

AVEC LES SOIGNANTS

Philippe Artru

La gynécologie médicale, médecine dédiée à la femme

La gynécologie médicale a accompagné l’émancipation des femmes, transcendant les barrières sociales. La pénurie actuelle de gynécologues médicaux met leur santé en danger.

Le rôle de la gynécologie médicale. Elle prend en charge tous les problèmes gynécologiques des femmes : traitements hormonaux (problèmes de puberté, cycles et saignements, ménopause, etc.), prévention et dépistage précoce des cancers génitaux et mammaires ; éducation, prévention, dépistage et traitement des MST, contraception, et toutes les questions liées à la sexualité. Cette spécialité est différente de la gynécologie obstétrique, qui concerne essentiellement la chirurgie et les accouchements.

LA GYNÉCOLOGIE MÉDICALE est une spécialité française. Elle a été créée dans les années 1930 en se détachant de l’obstétrique, discipline en charge de l’accouchement et de la chirurgie. La recherche en gynécologie s’est développée dans les années 1960 avec un grand bénéfice pour la santé des femmes. « C’est la médecine de la femme, témoigne le Dr Hélène Legrand, 69 ans, gynécologue médicale. Quand je me suis installée en 1980 à Bourg-la-Reine (92) (1), mes patientes n’avaient souvent pas d’autre médecin. Elles voulaient être suivies par un gynécologue. » Avec un bénéfice réel, mesurable et mesuré.

Alors que la faculté de médecine forme alors entre 130 et 140 gynécologues médicaux par an, la France est le pays qui connaît le plus faible taux d’hystérectomies (ablation de tout ou partie de l’utérus) : 6,7 % des femmes en France, contre 40 % aux États-Unis ( !) et 20 à 30 % en moyenne selon les pays d’Europe. La maîtrise des traitements hormonaux permet d’éviter des mutilations inutiles. Par ailleurs, avant même la mise en place du dépistage généralisé du cancer du sein en 2004, la survie à cinq ans est l’une des meilleures du monde grâce au suivi par les gynécologues. Et le cancer du col de l’utérus a été divisé par quatre grâce à la qualité du dépistage, soulignant l’intérêt préventif de cette spécialité.

L’EUROPE ET LES DÉFICITS CONTRE LA SPÉCIALITÉ. Pourtant, en 1986, cette spécialité est supprimée par la ministre de la Santé Michèle Barzach, à l’occasion de la réforme des études médicales. Elle disparaît officiellement pour harmonisation européenne des pratiques médicales ; plus officieusement se présente une perspective de réduction de dépenses publiques, en confiant la santé des femmes aux généralistes moyennant une formation complémentaire de quelques mois (2).

Une suppression contre laquelle s’élève le Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM), créé en 1997 par des gynécologues et des femmes pour le rétablissement de la formation de gynécologue médical et l’accès direct (3) à la spécialité par les patientes. « Par ailleurs, les femmes n’ont pas forcément envie de se confier à leur médecin de famille sur des sujets aussi intimes, précise Noëlle Mennecier, coprésidente du CDGM. Une relation de confiance s’installe avec son gynécologue, le plus souvent une femme. Les examens sont délicats. Il faut avoir l’habitude et le temps. »

On ne compte plus aujourd’hui que 1 500 gynécologues médicaux en France. Une centaine part à la retraite chaque année. « Les femmes ne trouvent plus de gynécologue pour traiter ce qui était auparavant anodin et qui devient parfois dramatique. Une salpingite qui entraîne un décès... On assiste à une recrudescence de MST non traitées et des jeunes filles mal informées laissent tomber la pilule. »

GRÂCE À LA MOBILISATION DES FEMMES. Depuis 1997, le CDGM s’est mobilisé avec les femmes, soutenu par des parlementaires de toutes sensibilités (4). En 2003, le rétablissement de la formation, avec le diplôme, par le ministre de la Santé Jean-François Mattei suscite un espoir. Mais seulement 20 à 30 postes annuels sont proposés. La Loi Bachelot, en 2008, décrète que d’autres professionnels de santé peuvent s’occuper des femmes : après les généralistes, les sages-femmes... En 2013, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, à la suite d’interventions de parlementaires (sollicités par le CGDM), notamment au Sénat (site du Sénat, 14/2/2013), reconnaît l’importance de la gynécologie médicale. 41 postes sont ouverts pour 2013/2014 puis 48 pour 2014/2015.

Installée en banlieue parisienne depuis cinq ans, une gynécologue, l’une des premières diplômées de la nouvelle génération à laquelle on a rouvert la spécialité témoigne : « La gynécologie est une médecine préventive qui se préoccupe du bien-être de la femme, de ses cycles, de ses douleurs aux seins, du dépistage des cancers, et du moral. Une consultation, c’est au moins vingt minutes. » Elle en réalise plus de 3 000 par an. « Depuis que je me suis installée, sept gynécos ont pris leur retraite. Je refuse régulièrement des rendez-vous. On est dans une période très misogyne, avec la remise en cause de la pilule et des hormones. Réaliser qu’on a besoin d’être suivie, ça ne vient pas tout seul. C’est souvent une notion que l’on nous a transmise. »

Sages-femmes et gynéco. Depuis un an, les sages-femmes peuvent prescrire la contraception et faire du suivi de “gynécologie” dite normale (sans complication...), après avoir suivi une formation diplômante (120 heures pour un cursus “Contraception et prévention en gynécologie”). Rappelons que les gynécologues suivent 12 années d’études de médecine, dont 4 de spécialité en gynécologie médicale. Le Dr Hélène Legrand émet des réserves sur ce transfert de tâches : « Les sages-femmes sont bien formées pour la grossesse, mais pas pour reconnaître et palper des seins... reconnaître aussi un gros foie ou un gros rein, détecter d’éventuels antécédents cardiovasculaires avant de prescrire un contraceptif... Il peut y avoir des accidents. On est dans le risque. »

(1). Elle exerce aujourd’hui en centre de santé à Arcueil (94).

(2). Les généralistes peuvent suivre un DU de gynécologie médicale en 6 mois.

(3). L’accès direct n’est pas mentionné officiellement dans les textes relatifs au parcours de soins, mais il est tacitement accepté.

(4). Trois manifestations nationales ont réuni des dizaines de milliers de personnes et la pétition a recueilli plus de 3 millions de signatures.

Pour en savoir plus :

• Comité de Défense de la Gynécologie Médicale

Pour participer à la défense de la gynécologie et signer la pétition, rendez-vous sur : www.cdgm.org

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