2016

11 mai 2016. Lettre à Madame la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé.

Comité de Défense de la Gynécologie Médicale (CDGM)

Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM)

Association Nationale des Internes et Assistants en Gynécologie Médicale (AIGM)

Madame la Ministre,

Nous nous adressons à vous, en ce moment où vous allez décider du nombre de nominations en Gynécologie médicale à l’Examen classant national pour la prochaine rentrée universitaire. Une décision qui va avoir un impact important sur la santé des femmes, puisque, dans une situation de manque, elle peut ouvrir la possibilité de former en nombre de nouveaux gynécologues médicaux.

Aussi souhaitons-nous aujourd’hui vous faire part à nouveau de notre inquiétude quant à la démographie de plus en plus préoccupante de cette spécialité médicale, pourtant indispensable pour le suivi des femmes tout au long de leur vie.

Vous-même, Madame la Ministre, vous êtes bien au fait de cette situation, puisque vous avez porté le nombre de postes d’internes en gynécologie médicale créés à l’issue de l’ECN de 48 en 2014 à 68 en 2015 (après 41 en 2013). Mais comment, malgré cette mesure dont nous nous sommes félicitées, ne pas alerter sur le fait que la situation va continuer à se dégrader, et cela de plus en plus gravement ? Car c’est maintenant que la pénurie de ces spécialistes, conséquence de toutes les années sans formation et de l’insuffisance du nombre de postes créés, va se faire sentir encore plus cruellement pour les femmes, du fait du départ à la retraite de toute une génération de gynécologues médicaux.

Nous avions déjà attiré votre attention sur la chute considérable des effectifs de ces spécialistes entre 2008 et 2013 : leur nombre avait diminué de près de 500, soit plus du quart d’entre eux, comme en attestent les chiffres publiés par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM). Entre 2013 et 2015, toujours selon les chiffres du CNOM, le nombre de gynécologues médicaux a continué sa chute, passant de 1449 à 1287, soit une diminution de 162. Et un sixième département est venu s’ajouter à ceux qui étaient déjà privés de tout gynécologue médical. De plus, soulignons-le, 59% de ces spécialistes actuellement en exercice ont plus de 60 ans.

Les femmes nous disent leur angoisse à l’approche du départ à la retraite de leur gynécologue. Pire encore après. Car combien de cabinets ont ainsi fermé, faute de remplaçant, laissant à chaque fois plusieurs milliers de femmes dans la détresse, avec le plus souvent pour elles la perspective de se retrouver sans suivi aucun, ou, dans les cas les moins graves, sur une longue liste, parfois loin, avec des mois d’attente.

Les conséquences de cet état de choses, déjà sensibles sur la santé des femmes, vont inévitablement remettre en cause les bons indices de santé les concernant, indices dont le système de soins à la française a pu s’enorgueillir, à juste titre.

Le cas de l’endométriose, question d’actualité, qui touche environ 10 % de femmes en âge de procréer, illustre bien, comme de nombreux autres, l’urgent besoin qu’il y a à former un nombre beaucoup plus élevé de gynécologues médicaux. Votre ministère a mis à son ordre du jour une réflexion pour « améliorer le diagnostic et la prise en charge » de cette maladie. Or quel meilleur moyen précisément d’éviter là un retard au diagnostic que l’entretien et l’examen gynécologique effectués par le médecin spécialiste qu’est le gynécologue médical ? Alors qu’aujourd’hui, vous le savez, un nombre croissant de femmes n’ont plus la possibilité du suivi qui permettrait ce diagnostic, ni même un accès facile à la consultation nécessaire.

Aussi avons-nous vivement regretté de ne voir apparaître nulle part, dans votre « Feuille de route 2016 Femmes et Santé », le mot « gynécologue », quand un chapitre entier est consacré aux sages-femmes, pour lesquelles sont définies « de nouvelles compétences pour un meilleur suivi des femmes en bonne santé ». Aucune des organisations que nous représentons ne remet évidemment en cause les compétences des sages-femmes quant à leur accompagnement de la maternité, mais les sages-femmes ne sont pas des médecins. Or en matière de suivi gynécologique, il s’agit bien des compétences des médecins.

Telles sont nos inquiétudes, Madame la Ministre, et nous souhaiterions vous les exposer directement.

C’est pourquoi, ensemble, membres du Comité de Défense de la Gynécologie Médicale, engagés depuis de nombreuses années pour la défense de la gynécologie médicale et la santé des femmes, responsables de la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale, qui a pour mission la défense et la promotion de cette spécialité et de la santé de la femme, et membres de l’Association des Internes et assistants en Gynécologie Médicale engagés par vocation dans cette spécialité, nous vous demandons une audience, afin d’entendre de votre part quelles mesures d’urgence en termes de formation de nouveaux gynécologues médicaux vous êtes à même d’envisager, pour que nous n’en arrivions pas dans ce pays à une régression grave dans le domaine de la santé des femmes, en particulier pour les jeunes filles.

Dans l’attente d’une réponse favorable de votre part, nous vous prions de trouver ici, Madame la Ministre, avec nos remerciements, l’expression de notre haute considération.

Pour le CDGM, les coprésidentes,

Pour la FNCGM, la présidente,

Pour l’AIGM, la présidente.