2016

2016/07/07. Communiqué de presse.

Santé des femmes : quelle est la réalité ?

Le Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM) souhaite alerter sur les dangers que fait peser sur la santé des femmes la forte diminution, qui s’est accélérée ces dernières années, du nombre de gynécologues médicaux en exercice.

Quelle est la réalité que vivent les femmes, et quelle est la réalité de ce qu’affirme leur proposer la Ministre des Affaires sociales et de la Santé : la liberté de choisir pour consulter qui elles désirent pour leur suivi gynécologique ?

La réalité, pour les femmes, c’est d’abord l’impressionnante diminution des médecins spécialistes de la femme que sont les gynécologues médicaux. Et ce qu’elles vivent est dramatique. Elles nous en font part tous les jours, en particulier sur le site de notre pétition :

La majorité de celles dont le praticien est parti à la retraite ne peuvent obtenir un rendez-vous chez un autre gynécologue médical ; un grand nombre doivent attendre des mois. Beaucoup sont déjà contraintes à renoncer. Quant aux jeunes filles, le simple accès à la gynécologie médicale leur est le plus souvent fermé.

Cette réalité de la pénurie des gynécologues médicaux, les chiffres établis par le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) la font ressortir clairement : il n’y a aucune commune mesure entre le nombre de médecins quittant leur cabinet et le nombre de nouveaux médecins en exercice. Le solde est gravement déficitaire.

Les gynécologues médicaux en exercice ont vu leur effectif réduit de plus de 37 % depuis 2008.
-  Dans 5 départements, il n’y a plus aucun gynécologue médical.
-  Dans 6 départements, il n’y a plus aucun gynécologue âgé de moins de 60 ans.
-  Dans 52 départements, la densité est, selon les critères du Conseil de l’ordre, « faible ».

Pourquoi cette situation, alors que la spécialité, supprimée en 1986, a été rétablie en 2003, et cela à la suite de l’extraordinaire mobilisation des femmes et des gynécologues médicaux avec le CDGM ?

La raison, c’est d’abord cette suppression durant 17 années de la formation, ce que n’a subi aucune autre spécialité. Et les gynécologues médicaux formés jusqu’en 1986 atteignent peu à peu l’âge de partir en retraite. Leur départ crée pour les femmes un vide. Un simple regard sur la pyramide des âges le confirme.

Les pouvoirs publics ont été alertés, année après année. Mais malgré la progression récemment obtenue, le nombre de postes d’internes ouverts pour la formation de nouveaux gynécologues médicaux, décision d’ordre politique, est resté très insuffisant.

Extrêmement inquiètes de cette situation, de ce vide qui fait peser une menace sur le suivi de la santé des femmes tout au long de leur vie, nous avons demandé, le 11 mai, un entretien à Mme Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, pour plaider une nouvelle fois, à l’heure où le nombre de postes de formation va être décidé, la cause de la gynécologie médicale.

Une demande d’entrevue commune au CDGM, à la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale et à l’Association des Internes et Assistants en Gynécologie Médicale, car la défense de la santé des femmes rassemble les femmes et leurs médecins.

Aujourd’hui, nous venons juste de recevoir une réponse à notre demande d’audience, nous proposant une rencontre, mais une fois la décision prise sur le nombre de postes ouverts pour la rentrée prochaine en gynécologie médicale, ce que nous regrettons.

Notre inquiétude s’accroît encore du fait de la campagne que Mme Marisol Touraine engage, au nom de son ministère, campagne de promotion des sages-femmes en matière de suivi gynécologique.

S’adressant aux gynécologues, elle a utilisé une formule qui a fait bondir tous celles et ceux qui sont attachés à tout ce qu’apporte aux femmes la gynécologie médicale : « Nous avons besoin de vous mais les Françaises doivent avoir la liberté de choisir et celles qui préfèrent aller chez un gynécologue pourront toujours le faire. »

Quelle liberté ? La liberté de choisir, les femmes ne l’ont plus. Et pour une seule raison : il n’y a plus, les chiffres sont clairs, assez de médecins pour s’occuper de leur santé.

La conséquence d’une telle situation, c’est le renoncement pur et simple au suivi gynécologique pour toujours plus de femmes.

Voilà la réalité.

Le CDGM, pour sa part, a toujours refusé d’opposer les professionnels de santé entre eux. Les femmes ont besoin de sages-femmes, de généralistes et de gynécologues, médicaux et obstétriciens. Cela dépend des circonstances de leur vie.

La formation, longue et spécialisée (10 ans minimum), des gynécologues médicaux, leur expérience, garantissent aux femmes l’excellence du suivi gynécologique tout au long de leur vie. Cela va faire bientôt un siècle que la création de la gynécologie médicale a fait faire des progrès formidables à la santé des femmes. Aucune femme, aucun homme attaché au progrès et à l’accès aux soins pour tous ne peut imaginer un retour en arrière.

C’est ce que nous exposerons lors de notre audience au ministère, afin que soit entendue la voix des femmes et de leurs médecins.

Il est urgent que les pouvoirs publics prennent des mesures exceptionnelles pour la formation d’un nombre beaucoup plus important de gynécologues médicaux.

Ainsi seulement pourra être rétablie une véritable liberté de choix pour les femmes, et seront maintenus les bons indices de santé qui ont été ceux des femmes dans ce pays.

Il en va de la santé de millions de femmes.

Paris, le 7 juillet 2016.



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