2016

2016/09/14 - Compte rendu commun CDGM-FNCGM-AIGM de l’audience au ministère de la Santé

COMITÉ DE DÉFENSE DE LA GYNÉCOLOGIE MÉDICALE (CDGM) FÉDÉRATION NATIONALE DES COLLEGES DE GYNÉCOLOGIE MÉDICALE (FNCGM) ASSOCIATION DES INTERNES ET ASSISTANTS EN GYNÉCOLOGIE MÉDICALE (AIGM)

COMMUNIQUE : Après l’audience au Ministère des Affaires sociales et de la Santé

14 Septembre 2016

A la suite de la publication par la ministre des Affaires sociales et de la Santé de la Feuille de route 2016 « Femmes et Santé », le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale (CDGM), la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM) et l’Association des Internes et Assistants en Gynécologie Médicale (AIGM) avaient demandé, le 11 mai 2016, à rencontrer Mme Marisol Touraine. Nous souhaitions être reçues avant les décisions concernant le nombre de postes d’internes à ouvrir à l’Examen Classant National pour cette rentrée. Cela n’a pu être le cas et nous le regrettons.

C’est le 14 septembre dernier qu’une délégation composée de deux représentantes de la Fédération nationale des Collèges de Gynécologie Médicale, d’une représentante de l’Association des Internes et Assistants en Gynécologie médicale et de cinq représentantes du Comité de Défense de la Gynécologie Médicale dont deux gynécologues médicales, a rencontré le Pr Djillali Annane, représentant Mme Touraine.

La délégation rappelle au représentant de la Ministre ce qu’est, aujourd’hui, la situation de la gynécologie médicale avec, comme conséquences, les graves difficultés d’accès à cette spécialité rencontrées par les femmes. Comme nous l’avons toujours expliqué, l’arrêt de la formation de 1986 à 2003 (année où la mobilisation des femmes et de leurs médecins a obtenu le décret créant un diplôme autonome de gynécologie médicale) produit aujourd’hui les résultats catastrophiques que nous avions prévus.

Le nombre de territoires où il n’y a plus de gynécologues médicaux est impressionnant. Certes, le nombre de postes d’internes a été sérieusement augmenté. Nous en avons pris acte. Il convient toutefois de constater que ces créations n’ont aucunement renversé la situation. En 8 ans, plus de 700 gynécologues médicaux, soit 37,6 % des effectifs, ont cessé d’exercer. Sur les 1212 gynécologues médicaux en exercice, plus de 700 ont plus de 60 ans. Les générations formées avant 1986 prennent leur retraite sans pouvoir être remplacées. Cette situation est si grave que de très nombreux parlementaires de toutes tendances s’en sont émus, ont exprimé leur soutien à nos demandes et ont interpellé la Ministre, avec insistance et continuité, pour qu’elle prenne des mesures à même d’apporter des solutions à cette situation dramatique.

La délégation souhaite savoir ce que comptent faire les pouvoirs publics.

Notre interlocuteur tient à préciser que, parmi les soutiens qui confortent le CDGM, la FNCGM et l’AIGM, il eût fallu mentionner la Ministre elle-même, dont le soutien à notre cause est sans faille. D’ailleurs, elle a plus que doublé le nombre de postes depuis son arrivée. Il tient à préciser aussi que, contrairement aux autres spécialités pour lesquelles les pouvoirs publics suivent les recommandations de l’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé (ONDPS), le nombre de postes ouverts à l’ECN en Gynécologie Médicale est fixé en total accord avec le Collège des Enseignants de Gynécologie Médicale, sans se limiter aux préconisations de l’ONDPS, qui vont dans le sens d’une diminution des postes en Gynécologie Médicale. L’ouverture de postes, ajoute-t-il, est tributaire du nombre de terrains de stage. C’est une réalité incontournable. Les professeurs d’université avec qui travaille la ministre le confirmeront à la délégation. Dans cette affaire, la Ministre n’impose rien.

La délégation s’attendait à cette réponse du représentant de la Ministre. Mais ce ne sont pas les universitaires qui sont responsables de la situation concernant les postes. Et cette réponse ne répond absolument pas à l’inquiétude des femmes qui vivent avec angoisse le départ en retraite de leurs gynécologues médicaux, et qui ne trouvent plus de consultations, donc de suivi, dans un nombre croissant de territoires.

Quant aux mérites attribués à Mme la Ministre, c’est passer sous silence le fait que c’est la mobilisation des femmes, et de leurs médecins, avec notamment le CDGM, qui, année après année, a permis l’augmentation du nombre de postes.

La délégation tient d’autre part à faire remarquer que la politique de la Ministre à l’égard des femmes et de leur santé n’est pas claire.

Cette remarque soulève l’indignation de notre interlocuteur, qui dit regretter que la Ministre ne soit pas là pour nous répondre.

Regret largement partagé par la délégation. Oui, la politique de Mme Touraine à l’égard de la santé des femmes est loin d’être claire. Et la délégation rappelle
-  que, dans la feuille de route « Femmes et Santé » de 16 pages présentée par la Ministre à l’occasion du 8 mars 2016, deux mots sont absents : il s’agit des mots « gynécologues médicaux » et même du simple mot « gynécologues » ;
-  que le décret du 2 juin 2016 attribue aux sages-femmes des compétences en matière d’IVG médicamenteuse et de vaccination. Or, il y a un an, le Pr Annane avait déclaré à la délégation qui l’interrogeait sur le transfert de tâches aux sages-femmes que les compétences des sages-femmes s’inscrivaient dans le champ de la périnatalité, et que la ministre n’avait aucune intention de les faire évoluer vers l’appropriation de compétences qui relèvent des gynécologues.

Enfin la délégation fait remarquer que le ministère a pris la responsabilité de diffuser, officiellement, avec son estampille, un dépliant intitulé « 6 bonnes raisons de consulter une sage- femme », dépliant qui promeut l’activité des sages-femmes bien au-delà de ce qui touche à la périnatalité, puisqu’il s’agit du « suivi gynécologique des femmes en bonne santé ». Concernant précisément cette notion de « femmes en bonne santé », qui servirait, selon la Ministre, à fixer la limite du domaine attribué aux sages-femmes, la Fédération nationale des Collèges souligne que la limite entre le « normal » et le « pathologique » ne peut être posée a priori et que le diagnostic relève des compétences et de la formation d’un médecin.

On ne peut par ailleurs qu’être choqué par le fait que Mme Touraine utilise le terme « liberté de choix », terme attaché à la revendication du « libre accès » au gynécologue médical, pour justifier le renvoi vers les sages-femmes pour le suivi gynécologique.

Cette situation est grave.

Notre interlocuteur affirme qu’en ce qui concerne le dépliant, il a reçu l’aval des plus hautes autorités professionnelles, Haute Autorité de Santé et Haut Conseil de la Santé publique. Mais en quoi ces autorités peuvent-elles donner un avis plus éclairé que les médecins formés pour la santé des femmes ?

La Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale rappelle que, lorsqu’elle a été consultée sur la possibilité de pratiquer des IVG instrumentales dans les centres de santé, elle a donné un avis négatif, comme l’ensemble du CNPGO (Conseil national professionnel de gynécologie et obstétrique). Un avis qui n’a pas été pris en considération, puisqu’on retrouve cette disposition dans le cadre de la loi Santé, et que la Feuille de route « Femmes et Santé » la rend applicable à partir du second semestre 2016.

La délégation regrette, et c’est peu dire, que la Ministre n’ait pas décidé de consacrer un dépliant à promouvoir, auprès des jeunes-filles en particulier, le recours à la gynécologie médicale et préfère laisser croire que les sages-femmes, si indispensables pour ce qui touche à l’accompagnement de la maternité, puissent faire office de médecins pour les autres aspects de la santé des femmes.

La délégation exprime sa profonde déception devant ces réponses.

La Fédération Nationale des Collèges, pour sa part, informe le Pr Annane qu’elle est résolue à élaborer, avec Le Collège National des Gynécologues Obstétriciens, un Livre blanc qui établira l’état des lieux.

Un état des lieux face auquel la satisfaction ne peut être de mise, s’agissant d’une telle régression, pour toutes et tous inacceptable.



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