Documents 2017

Lettre à Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé , 23 mai 2017

Paris, le 23 mai 2017

Madame la Ministre,

Vous êtes maintenant en charge de la Santé publique. C’est à ce titre que nous nous adressons à vous, car notre Comité de Défense de la Gynécologie médicale (CDGM ) souhaite attirer votre attention sur la situation de pénurie dans laquelle se trouve la spécialité de Gynécologie médicale, et sur ses conséquences directes pour la santé des femmes.

Notre Comité, rappelons-le, a été fondé en 1997, par la volonté de gynécologues et de femmes qui ont considéré que la disparition de la spécialité, supprimée du cursus universitaire en 1987, faisait courir un grave danger à la santé des femmes. Par leur mobilisation, 3 millions de signatures sur la pétition et 3 manifestations à Paris, les femmes ont obtenu, en 2003, après 17 ans d’interruption, le rétablissement de la spécialité avec le Diplôme d’Etudes Spécialisées de gynécologie médicale et, en 2005, l’accès direct spécifique à leur médecin gynécologue.

Madame la Ministre, vous savez ce que représente pour une femme le suivi personnalisé, tout au long de sa vie, assuré par le médecin spécialiste qu’est le gynécologue médical : au cours de cette consultation, si particulière et intime, se noue un lien privilégié dont le bénéfice médical est bien reflété par les indices de santé des femmes dans notre pays. (Nombre de cancers de l’utérus divisé par 4 en vingt ans, taux d’hystérectomies de 6,7 % alors qu’il est de 20 à 30 % chez nos voisins européens et de 40 % aux Etats-Unis, survie après un cancer du sein : l’une des meilleures d’Europe.)

Or aujourd’hui, en dépit du rétablissement de la spécialité et de l’augmentation obtenue depuis 2013 du nombre de postes d’internes, les femmes voient leur accès au gynécologue médical remis en cause.

L’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé notait déjà en 2012 que les effectifs ne permettaient plus qu’à un quart des femmes en âge de consulter d’avoir accès au spécialiste de gynécologie médicale. (Elles étaient 60 % en 1997). Et la situation n’a cessé depuis de s’aggraver. Les chiffres donnés par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) pour 2016 sont à cet égard explicites :

Avec une diminution de leurs effectifs de 37 % (- 733 depuis 2007 ), on ne comptait plus au 1er janvier 2016 que 1212 gynécologues médicaux en exercice (dont 761 ont plus de 60 ans), soit une densité de 3,5 pour 100 000 femmes. Quatre départements n’en comptent plus aucun, treize n’en ont plus qu’un seul, et les variations entre 2007 et 2016 indiquent une chute générale, parfois brutale, - 47% pour l’Ile de France, et jusqu’à - 67 % dans certains départements.

Cette pénurie a des conséquences graves sur la santé des femmes : absence de suivi, en particulier pour les jeunes filles, attente de plus en plus longue avant un rendez-vous, avec retards avérés du diagnostic.

Et c’est ce que montre le questionnaire récemment lancé par le CDGM à l’intention des femmes, qui nous disent ce qu’il en est aujourd’hui de leur accès à cette spécialité médicale indispensable à leur santé.

Avec déjà 3500 réponses à nos questions et leurs très nombreux témoignages, les femmes expriment avec force, en même temps que leur profond attachement à la gynécologie médicale, leur angoisse devant la situation créée par l’insuffisance du nombre de gynécologues médicaux et leur colère devant l’aggravation de la situation au fur et à mesure des départs en retraite. Les femmes veulent pouvoir continuer à être suivies par un gynécologue médical, et cette détermination est forte, car il s’agit, elles le disent, de leur vie, de leur santé et de celles des jeunes générations. Le nombre des médecins gynécologues médicaux formés doit être augmenté. Chercher à transférer le suivi gynécologique effectué par un médecin spécialiste vers des professionnels de santé dont ce n’est pas le métier ne peut être une solution et représente un danger pour la santé des femmes.

Médecin, vous savez que les problèmes de santé des femmes ont des caractéristiques qui doivent être prises en considération. Et cette spécificité requiert la compétence et l’expérience des médecins spécialistes formés pour cela que sont les gynécologues médicaux.

Aujourd’hui, Madame la Ministre, au moment où vous prenez la charge du ministère de la Santé, nous souhaiterions vous rencontrer personnellement, vous le comprendrez, afin d’avoir avec vous un échange de vive voix sur cette grave question de santé publique, qui concerne plus de la moitié de la population.

L’urgence est d’autant plus grande que l’attribution du nombre de nominations à l’ECN pour les différentes spécialités devrait intervenir sous peu.

Dans l’attente d’une réponse favorable de votre part, nous vous prions de trouver ici, Madame la Ministre, avec nos remerciements pour votre attention, l’expression de notre attachement à la santé des femmes.

Pour le CDGM, les coprésidentes.