Documents 2017

Lettre au journal "Le Monde", 22 janvier 2018

Paris, le 22 janvier 2018

A Monsieur le Directeur de publication du journal « Le Monde »

Monsieur le Directeur,

« Le Monde » a publié dans son édition du 28 décembre dernier un dossier documenté et détaillé sur la gynécologie médicale, dans lequel le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale (CDGM) est mentionné, dossier qui a eu un certain écho dans les médias. Nous souhaitons faire part ici de quelques réflexions.

Il faut savoir que, tous les jours, le CDGM reçoit par courrier et par Internet des signatures de femmes demandant l’augmentation des postes de formation de gynécologues médicaux et que soit garanti, inscrit dans la loi, l’accès direct à la consultation de ces spécialistes. Des femmes de toute la France. De toutes les catégories sociales. Des employées, des postières, des enseignantes, des cadres, des ouvrières, etc. Des femmes angoissées par le départ en retraite de leur gynécologue. Des femmes qui, comme dans notre récente enquête, assortissent leur signature de témoignages sur l’importance dans leur vie du suivi par un(e) gynécologue médical(e).

Sans cet attachement profond, il serait impossible de comprendre l’extraordinaire mobilisation des femmes obtenant en 2003 le rétablissement, 17 années après sa suppression, de la formation en gynécologie médicale, par la restauration d’un diplôme spécifique permettant la formation de jeunes gynécologues médicaux.

Quelles sont les racines de cet attachement ? Rappelons que la création de la gynécologie médicale provient de la conviction de la communauté médicale que le suivi gynécologique des femmes est une spécialité à part entière. La gynécologie médicale a moins de 100 ans, comme beaucoup d’acquis dans la vie des femmes. Ce progrès magnifique est intervenu au moment où les femmes exprimaient leur volonté d’égalité et de conquête de droits démocratiques, aussi vitaux que la contraception et le droit à l’avortement.

C’est cela qui est en cause dans le refus d’un retour en arrière. Car c’est bien à un terrible retour en arrière que nous sommes confrontés avec l’impossibilité dans laquelle se trouvent de plus en plus de femmes de consulter un(e) gynécologue médical(e).

Ce retour en arrière, le CDGM, avec les femmes et avec les parlementaires de toute sensibilité qui soutiennent notre action, mettra tout en œuvre pour l’empêcher.

Au regard de cet enjeu, combien les polémiques qui se sont exprimées apparaissent misérables !

Dans « Paris Normandie » du 8 janvier, un membre de l’URML de Normandie déclare : « Dans ce pays, il y a des femmes qui ne savent pas que les généralistes peuvent intervenir pour des soins gynécologiques. Il y a une méconnaissance. C’est surtout dû au fait que dès que ça se passe en dessous de la ceinture, on pense qu’il faut un spécialiste. »

Nous laissons la responsabilité de ces propos à leur auteur.

Un argument pernicieux vient aussi d’être utilisé. Martin Winckler, écrivain connu, déclare : « Les gynécologues s’occupent d’une toute petite partie, le plus souvent favorisée, de la population. »

« Médecins des riches », les gynécologues ? Cette assertion est fausse. Les dernières statistiques (décembre 2017) de la Caisse autonome de retraite des médecins français (CARMF) montrent que le pourcentage de gynécologues médicaux exerçant en secteur 1 (pratiquant donc le tarif de la Sécurité sociale), est un des plus importants parmi les spécialistes, et que leur nombre est supérieur à celui des gynécologues médicaux qui exercent en secteur 2. Elles montrent également que la moyenne des revenus des gynécologues médicaux se situe parmi les plus bas. Pourquoi une telle campagne ? Tout serait-il bon qui accréditerait l’idée que pourrait disparaître sans dommage pour les femmes une spécialité qui a changé leur vie ?

Les femmes le disent, et elles ont raison : elles ont besoin de généralistes, de gynécologues obstétriciens, de sages-femmes, et de gynécologues médicaux. Qu’on ne compte pas sur le CDGM pour opposer les uns aux autres. Une polémique qui a d’autant moins de sens que les généralistes sont, eux aussi, en nombre insuffisant pour répondre aux besoins de la population !

Les demandes des femmes sont simples. La disparition de la gynécologie médicale n’est pas concevable. Ce serait un recul terrible. Un retour un siècle en arrière.

Tout doit être mis en œuvre au contraire pour que soit assurée la pérennité de la gynécologie médicale, et que chaque femme ait la possibilité de consulter tout au long de sa vie un(e) gynécologue médical(e). Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de prendre les mesures nécessaires en ce sens.

Pour le CDGM, les coprésidentes, Dr Marie-Annick Rouméas, Mmes Claude Groussin, Noëlle Mennecier, Marie Stagliano.