Documents 2018

2018/06/19

Communiqué de presse Après l’audience du CDGM au ministère de la Santé Une délégation du Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM) a été reçue, le 6 juin, par le Pr Hervé Le Marec, conseiller spécial auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn.

Le CDGM a d’abord rappelé ce qu’il est : un comité créé par des femmes et des gynécologues médicales, qui agissent depuis 20 ans pour la défense de la gynécologie médicale et la santé des femmes. Il a rappelé ce qui a été acquis, au cours de ces années d’une action sans relâche, grâce à la formidable mobilisation des femmes, avec 3 millions de signatures sur la pétition du CDGM et trois manifestations nationales :
-   Le rétablissement de la spécialité de gynécologie médicale avec le DES créé en 2003, permettant, après 17 années d’arrêt de la spécialité, de former à nouveau des gynécologues médicaux,
-   La reconnaissance, à travers l’accès direct spécifique, du droit pour les femmes de consulter directement un gynécologue médical, sans pénalisation financière.

Le CDGM est ensuite revenu sur la situation démographique des gynécologues médicaux : une pénurie croissante, sur laquelle, année après année, le CDGM n’a cessé d’alerter les pouvoirs publics. Car après 17 années sans formation, les femmes se trouvent confrontées à un épuisement progressif des effectifs de ces spécialistes, avec des conséquences graves sur leur suivi, ce qui met en danger leur santé, et en particulier celle des jeunes filles, en affectant notamment la prévention.

Le CDGM a donc demandé au Pr Le Marec quelles étaient les intentions de la ministre concernant cette question de santé publique.

D’emblée, le représentant de la ministre nous a annoncé que pour la rentrée 2018 avait été décidée une augmentation de 28 % du nombre de postes d’internes ouverts en gynécologie médicale, soit 82 postes.

82 postes, c’est pour le CDGM une bonne nouvelle, en particulier après la baisse de 70 à 64 postes pour la rentrée 2017. 82 postes, c’est la proposition faite pour l’immédiat par les universitaires de la spécialité.

Cette décision est importante et nous ne la sous-estimons pas. Il est impossible toutefois de ne pas continuer à s’inquiéter de la désertification en cours. Nos gynécologues se désolent de laisser leurs patientes sans recours, mais il ne leur est pas possible de prolonger indéfiniment leur activité, et chaque départ jette des milliers de femmes dans le désarroi.

Avec seulement 1136 gynécologues médicaux en exercice au 1er janvier 2017 pour 28 milllions de femmes en âge de consulter, cette situation angoissante concerne de plus en plus de femmes (6 départements ne comptaient déjà plus à cette date aucun gynécologue médical et 16 départements un seul !)

Aussi avons-nous demandé au Pr Le Marec de nous faire part des solutions envisagées par le gouvernement.

Le représentant de la ministre nous a indiqué que l’espoir du gouvernement résidait dans la possibilité que d’autres que les gynécologues médicaux s’occupent du suivi gynécologique, et en particulier les sages-femmes.

Le comité a fait remarquer que si la loi leur ouvre cette possibilité, les sages-femmes ne sont pas pour autant des médecins et que leur formation - 5 années - n’est pas la même que celle des gynécologues médicaux, médecins spécialistes - 10/11 années de médecine, dont 4 années de spécialisation. Des spécialistes dont la compétence spécifique permet, tout au long de la vie d’une femme, l’établissement d’un diagnostic, précoce, simple ou complexe, voire rare, ainsi que prévention et soins.

Le Pr Le Marec a ensuite mis en avant le parcours de soins, avec une nécessaire « coopération » entre les gynécologues médicaux et les sages-femmes. Mais les gynécologues médicaux ont toujours travaillé avec les sages-femmes, et en bonne entente, lui a répondu la délégation. Alors pourquoi aujourd’hui insister sur une « coopération » ? En quel sens l’entendre ? Cela nous inquiète.

Le Pr Le Marec a précisé, à notre demande, que le droit des femmes à accéder directement au gynécologue médical serait maintenu.

La veille de notre entrevue, le 5 juin, Mme Buzyn avait été interpellée par la députée du Val-de-Marne Maud Petit, qui, montrant le caractère aigu de la pénurie de gynécologues médicaux, a conclu sur la nécessité de « solutions urgentes pour augmenter les places de formation d’étudiants en gynécologie médicale ».

Ce à quoi la ministre a répondu en déclarant devant l’Assemblée nationale qu’elle entendait rattraper « 20 ans d’abandon » de la spécialité et qu’elle allait « augmenter progressivement » le nombre d’internes en gynécologie médicale, mais que, faute de services suffisants pour la formation, elle ne pourrait l’ « augmenter considérablement. »

Or le départ à la retraite imminent dans les toutes prochaines années d’une part considérable des gynécologues médicaux actuellement en exercice - dont 62% ont 60 ans et plus ! - va, sans le renouvellement indispensable de ces spécialistes, se répercuter de manière encore plus critique sur la santé des femmes, et en particulier des jeunes générations.

Il est de la responsabilité de la ministre en charge de la santé publique, qui reconnaît la gynécologie médicale comme un sujet « d’importance », de prendre de manière urgente, du fait de la situation exceptionnelle de la spécialité, toutes les dispositions exceptionnelles nécessaires. Afin de développer, pour les années à venir, la formation des médecins spécialistes que sont les gynécologues médicaux et enrayer ce qui représente une insupportable régression dans le domaine de la santé pour les millions de femmes de ce pays.

Le CDGM, pour sa part, va poursuivre son action, en informant largement les femmes, en continuant à s’adresser aux parlementaires, pour que toutes les femmes puissent consulter un gynécologue médical. Le 19 juin 2018.



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