Documents 2019

2019/04/18. Lettre à Madame Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

Paris, le 18 avril 2019

Madame la Ministre,

Nous revenons vers vous pour solliciter un rendez-vous en tant que représentantes du Comité de Défense de la Gynécologie Médicale (CDGM).

Nous sommes en effet très préoccupées.

Notre inquiétude, partagée par nombre de parlementaires, vous la connaissez, Madame la Ministre, vous qui êtes en charge de la Santé publique, et nous nous sommes déjà adressées à vous à ce propos : il s’agit de la chute vertigineuse des effectifs des spécialistes de gynécologie médicale, cette spécialité supprimée en 1987 et dont l’enseignement n’a été rétabli qu’en 2003, cela grâce à la formidable mobilisation des femmes, qui savent que la Gynécologie médicale est leur médecine spécifique.

Les postes ouverts pour l’année 2018-2019 ont augmenté sensiblement, une avancée, certes, mais 82 postes d’internes ne peuvent suffire, vous le savez, à combler le grave manque laissé par des années d’interruption dans la formation de gynécologues médicaux, et par le trop peu de postes ouverts ensuite chaque année (20 postes par an de 2003 à 2009 ! alors qu’il en entrait en formation 130 par an avant la suppression de cet enseignement). Ce qui fait qu’aujourd’hui, en 2019, il reste moins de 1000 gynécologues médicaux en exercice pour près de 30 millions de femmes en âge de consulter !

Il n’est plus nécessaire ici, puisque nous l’avons fait concrètement dans nos lettres précédentes, de vous rappeler les milliers de témoignages de femmes qui montrent leur attachement à la gynécologie médicale et leur désarroi lorsque leur praticien part à la retraite sans être remplacé, avec de graves conséquences pour leur santé. Conséquences dont témoignent également leurs médecins gynécologues, qui voient arriver, aux urgences même, des femmes qui souvent n’ont pu consulter depuis plusieurs années, avec des pathologies avancées, faute de diagnostic, et nécessitant des interventions de plus en plus lourdes.

En 1930, le Docteur Félix Jayle, gynécologue, avait compris l’importance de développer la partie médicale de la gynécologie, qui devait être distincte de l’obstétrique. Afin d’améliorer la vie des femmes, pratiquer une indispensable prévention, et diminuer significativement le nombre d’interventions chirurgicales mutilantes, réalisant ainsi la vocation, essentiellement conservatrice, de la gynécologie à tous les âges de la vie des femmes.

90 ans plus tard, les femmes ne veulent pas d’un retour en arrière, elles le disent avec force, pour elles-mêmes et pour leurs filles, et nous demandons à nouveau avec elles des mesures d’urgence pour que soient ouverts dès cette année en nombre des postes d’internes en Gynécologie médicale.

Aujourd’hui une réforme des études médicales est en cours, incluant la suppression des Epreuves classantes nationales (ECN). Or avec cet examen, le ministère définit actuellement nationalement pour chaque spécialité le nombre des postes qui lui sont attribués.

Nous nous interrogeons donc sur ce qu’il va advenir. Sur la manière dont seront mises en œuvre la définition et l’attribution des postes de formation pour chaque spécialité, et donc pour la Gynécologie médicale.

C’est une question qui nous préoccupe au plus haut point, car là se joue la formation des nouveaux gynécologues médicaux.

En 2003, lors du rétablissement de la spécialité, le DES de Gynécologie médicale avait été « filiarisé », dans le but de protéger cette spécialité, en reconstruction après 17 années d’interruption, et de la pérenniser, en particulier pour tenir compte des besoins de renouvellement des gynécologues médicaux en exercice.

Il est essentiel que cela perdure, et cela par un nombre d’internes en gynécologie médicale fixé sur le plan national, afin que pour la santé des femmes soit protégée et pérennisée une spécialité irremplaçable.

En vous remerciant pour l’attention que vous porterez à ces lignes, Madame la Ministre, et dans l’attente d’une réponse favorable à notre demande d’audience, nous vous prions d’agréer l’expression de toute notre considération.

Pour le CDGM, les présidentes.



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