2005

Pétition archivée 2 : Monsieur le Président de la République, M. J. Chirac

Nous vous demandons d’intervenir, maintenant, pour le rétablissement et la garantie de l’accès direct des femmes à leur gynécologue, la création des postes d’internes nécessaires, ainsi que pour le rattachement de la spécialité de gynécologie médicale au Conseil national des Universités. En effet, trois millions de femmes et d’hommes ont signé la pétition du Comité de défense de la gynécologie médicale, lancée depuis maintenant huit ans par des femmes et des gynécologues qui ont combattu sans relâche sur deux demandes :

• La mise en place des mesures nécessaires au maintien des effectifs des gynécologues médicaux : le diplôme spécifique de Gynécologie médicale distinct de l’obstétrique, la création de 119 postes d’internes par an et la nomination d’enseignants,

• La garantie assurée par un texte ayant force de loi de l’accès direct au gynécologue de son choix, avec remboursement par la Sécurité sociale des consultations et des soins s’y rapportant, sans pénalisation financière.

Le 1er février 2003, nous avons obtenu un diplôme recréant une spécialité de gynécologie médicale. Depuis, on nous affirme ici et là que les femmes ont eu entièrement gain de cause. Pourtant nous sommes aujourd’hui plus inquiètes que jamais pour la santé des femmes.

1) les conditions d’exercice des gynécologues aboutissent à accélérer le processus de leur disparition programmée.

2) seulement 20 postes d’internes en tout et pour tout ont été attribués à cette discipline en 2003 et 2004 au lieu de 119 (1 pour 5 départements par an), le nombre d’internes n’étant pas encore connu pour 2005. Compte tenu du déficit de 300 postes depuis trois ans, 139 postes d’internes par an sont aujourd’hui nécessaires pour le simple renouvellement des effectifs actuels de gynécologues médicaux !

3) le diplôme n’est toujours pas pérennisé et nous demandons l’inscription de la gynécologie médicale dans la sous-section 54-05 (Biologie et médecine du développement et de la reproduction) du Conseil national des universités (CNU).

De plus l’accès direct est aujourd’hui remis en cause. Les femmes nous posent la question : « Serai-je toujours intégralement remboursée pour toutes mes consultations de gynécologie à partir du 1er juillet ? »

L’article 7 de la loi du 13 août 2004 prévoit en effet :

« La participation peut être majorée pour les assurés (..) consultant un autre médecin sans prescription de leur médecin traitant », ce qui signifierait que les femmes ne pourraient plus consulter directement leur gynécologue sans être pénalisées financièrement.

Que comprendre ? Car, au même moment, le ministre continuait d’affirmer qu’il maintenait l’accès direct aux gynécologues médicaux.

Puis la convention médicale a été signée. Nous l’avons lue attentivement.

Nous avons cherché vainement les mots « accès direct » et nous avons trouvé « accès spécifique ».

Nous avons voulu comprendre.

Nous avons lu que les femmes pourraient consulter directement leur gynécologue médical sans passer par leur médecin traitant dans quatre cas seulement :

« 1. les examens cliniques gynécologiques périodiques, comprenant les actes de dépistage, conformément aux référentiels scientifiques élaborés par la Haute Autorité de Santé

2. la prescription et le suivi d’une contraception conformément aux référentiels scientifiques élaborés par la Haute Autorité de Santé

3. le suivi des grossesses

4. l’interruption volontaire de grossesse médicamenteuse ».

Dans toutes les autres circonstances, il n’y aurait plus aucun accès direct !

Il faut remarquer que trois des quatre cas autorisés ne concernent pas les femmes ménopausées. De plus, en dehors des grossesses, toutes les femmes, quel que soit leur âge, ne pourraient plus consulter directement, sauf dans le cadre d’un dépistage très encadré obéissant aux référentiels.

Pour les problèmes de stérilité, le traitement substitutif de la ménopause, pour tous les signes pouvant inquiéter les femmes et pour toutes les pathologies aiguës ou chroniques, il n’y aurait pas non plus d’accès direct ! Et la liste n’est malheureusement pas exhaustive....

D’ailleurs le 23 février dernier, M. Douste-Blazy répondait à une députée (c’est nous qui soulignons ) :

« La convention signée le 12 janvier 2005 entre l’UNCAM et trois syndicats médicaux représentatifs prévoit que, dans un premier temps, l’accès à la gynécologie demeure direct. La Haute Autorité de Santé sera sollicitée pour préciser ultérieurement, sur un fondement médical, quels types d’examens il n’est justifié de réaliser que sur la prescription préalable d’un médecin traitant. »

Donc le ministre confirme lui-même qu’il n’y aura plus l’accès direct pour l’ensemble des soins et traitements.

Nous tenons à vous rappeler les raisons profondes de notre combat pour le rétablissement et la sauvegarde de la gynécologie médicale. Faut-il redire encore que cette exception française à laquelle nous sommes résolument attachées a contribué au bon niveau de santé dont notre pays pouvait être fier ?

Des milliers de vies sauves, des jeunes femmes préservées d’avortements traumatisants, d’autres, d’interventions mutilantes que sont les hystérectomies et les ablations du sein.

Des millions de femmes qui ont vu leur vie transformée, libérée par l’accès personnalisé et conscient à la contraception, aux traitements hormonaux, par la possibilité d’aborder leurs problèmes spécifiques de femmes avec des gynécologues réceptifs à leurs préoccupations et facilement accessibles aussi bien matériellement que psychologiquement.

Monsieur le Président de la République, comment une jeune fille pourrait-elle soigner rapidement et efficacement l’infection qui risque de la rendre à tout jamais stérile ? Combien de temps serait perdu avant le diagnostic précis d’une tumeur du sein ou de l’ovaire et son traitement urgent ? Une hémorragie génitale sera-t-elle considérée comme une urgence (donc d’accès direct) ?

Il est impossible d’en arriver à une telle situation. Nous répétons ce que nous disons depuis des années : la santé des femmes est en danger.

C’est pourquoi l’assemblée annuelle du Comité de défense de la gynécologie médicale a décidé de s’adresser de nouveau à vous de façon solennelle :

Nous sommes en 2005, en France. Devrions-nous accepter de perdre ce que nos mères et nos grands-mères avaient acquis, l’avancée de la médecine que représente la gynécologie médicale ?

Il s’agit du maintien du niveau de santé des femmes dans ce pays.

Monsieur le Président de la République, pour nous, pour nos filles, pour nos petites - filles,nous vous demandons d’intervenir, maintenant,

-  pour le rétablissement et la garantie de l’accès direct des femmes à leur gynécologue,

-  pour la création des 139 postes nécessaires par an,

-  ainsi que pour le rattachement de la spécialité de gynécologie médicale au CNU ( sous-section 54-05 : Biologie et médecine du développement et de la reproduction ). Faites signer un arrêté en ce sens.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

Pour l’assemblée générale du CDGM, réunie le 24 avril 2005

Les co-présidentes
Dr Jacqueline Blanchin,
Mme Claude Groussin
Mme Noëlle Mennecier
Mme Marie Stagliano

Vous pouvez signer notre pétition en-ligne ici

ou

Si vous voulez la faire circuler autour de vous, téléchargez-la ici (document PDF).