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2008/08/29 - Figaro Magazine

Menaces sur la gynécologie

V. G. 29/08/2008

Les praticiens ne sont plus assez nombreux dans cette spécialité qui permet pourtant d’obtenir d’excellents résultats sanitaires.

Un corps de femme, ça n’est pas simple. Lorsqu’il se dérègle dans ce qu’il a de plus intime, il existe des dizaines d’hormones capables d’en rétablir l’équilibre... ou de le détruire, si elles sont mal prescrites, comme on a pu le voir aux Etats-Unis avec un traitement catastrophique de la ménopause qui a eu pour effet d’induire de nombreux troubles métaboliques ou vasculaires chez les patientes, quand il ne favorisait pas l’apparition de certains cancers. On ne le sait pas assez, mais les Françaises, elles, sont bien mieux protégées que les Américaines contre ce type de danger, bien mieux aussi que les autres Européennes. Un atout qu’elles doivent à l’existence depuis près de cinquante ans d’une spécialité inconnue ailleurs - la gynécologie médicale, forte de praticiens qui effectuent quatre années d’études pour la maîtriser - qui nous vaut d’excellents indicateurs de santé. La France est en effet le pays du monde qui enregistre le plus faible taux d’hystérectomies (ablation de l’utérus) : 6,7 % des femmes, contre 40 % aux Etats-Unis, et entre 20 et 30 % dans les autres pays d’Europe. Grâce au diagnostic précoce, la survie à cinq ans après cancer du sein est également l’une des meilleures du monde occidental : 80,5 % en 2002 (donc avant le dépistage organisé, généralisé en 2004), contre 69 % en Angleterre et 65 % au Canada. Quant au « THS à la française » (traitement hormonal de substitution, qui soulage les troubles de la ménopause et prévient l’ostéoporose), il remplit sa mission sans provoquer d’augmentation du risque de cancer du sein.

Autant d’avancées qui semblent menacées aujourd’hui par l’effondrement du nombre des gynécologues ; les facultés n’en forment que 20 par an, alors qu’il en faudrait au moins 60. A terme, certains redoutent que la spécialité ne soit confiée à des généralistes, qui devraient apprendre en six mois à prescrire une contraception adaptée, surveiller une grossesse, dépister une micro-tumeur, repérer à temps un épaississement suspect de l’endomètre, ou jongler avec les contre-indications des différents traitements ! Le type même de la fausse bonne idée. Les Françaises en pâtiraient sûrement très vite.