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2008/10/02 - Nouvel Observateur

Nº2291 SEMAINE DU JEUDI 02 Octobre 2008

À la Une : La gynéco en danger

Seulement 20 postes à l’internat La gynéco en danger

Malgré les engagements du candidat Sarkozy, la gynécologie médicale, qui garantit une meilleure santé aux femmes françaises, est de nouveau menacée

« Je suis tout à fait conscient qu’il y a trop peu de gynécologues médicaux formés en France depuis de nombreuses années. Or cette profession a un rôle crucial dans la prévention des maladies graves de la femme, l’information en matière de contraception et l’accompagnement des grossesses. On ne peut laisser les listes d’attente des consultations des médecins encore en exercice s’allonger. » Nous sommes en avril 2007, Nicolas Sarkozy répond longuement au Comité de Défense de la Gynécologie médicale (CDGM) qui demande au candidat UMP sa position sur cette spécialité en danger depuis des années. Sa réponse est claire, il prend même des engagements. « Si je suis élu président de la République, je ferai en sorte qu’une véritable filière de formation universitaire soit mise en place, passant évidemment par la création de postes de professeurs pour former les futurs gynécologues dont nous avons besoin. » Juin 2008, 20 postes d’interne en gynécologie médicale sont ouverts. « 20 postes alors qu’il en faudrait au moins 100 par an pour remplacer les gynécologues médicaux qui partent à la retraite ! » fulmine Gisèle Jeanmaire, coprésidente du CDGM. « Aujourd’hui, nous sommes un millier pour toute la France. En 2015, nous serons 600, et seulement 180 en 2020 si rien n’est fait. »

Pourquoi une telle pénurie ? Tout commence en 1987 quand Michèle Barzach, ministre de la Santé de Jacques Chirac, réorganise l’internat de médecine. Elle requalifie toutes les spécialités sauf la gynécologie médicale, qui disparaît au nom de l’harmonisation européenne. Pourtant rien ne dit dans les textes que cette spécialité doit disparaître.

Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen, écrit même dans un courrier au sénateur Philippe Nogrix qui s’émeut : « Je peux vous assurer que les directives européennes n’imposent aucune obligation et laissent aux Etats membres leurs compétences dans l’organisation de ces professions. »

En 1998, les gynécologues médicaux lancent leur comité de défense. Une mobilisation sans précédent : 2 millions de femmes signent la pétition « Touche pas à mon gynéco » ! Entre-temps, Lionel Jospin a été nommé Premier ministre. Le mouvement ne faiblit pas.

Alors, en 2000, la secrétaire d’Etat à la Santé Dominique Gillot recrée la spécialité. Seulement 20 postes d’internes sont ouverts (contre 140 avant 1986), mais, promis, les effectifs augmenteront chaque année. Las, avec le retour de la droite en 2002, les espoirs s’envolent. Année après année, le nombre de postes stagne. Celui de chefs de clinique est si bas qu’il ne permet pas à la gynécologie médicale d’exister à terme comme discipline hospitalière. L’extinction de la gynécologie médicale semble programmée.

Pourtant, quand Nicolas Sarkozy fait des promesses pendant sa campagne, l’espoir renaît. Mais en juin dernier le chiffre tombe. Il y aura 20 postes, pas un de plus. La gynécologie obstétrique, qui n’est pas inquiétée, pourra-t-elle prendre le relais ? Rien n’est moins sûr. Accoucheurs, les obstétriciens n’ont pas suivi une formation approfondie en gynécologie médicale. « Ils ont été formés dans le moule de la chirurgie. Ils ont donc plus tendance à opérer, estime le docteur Jeanmaire, tandis que les gynécologues médicaux ont appris à utiliser les traitements hormonaux en priorité. »

En France, moins de 7% des femmes subissent une hystérectomie (ablation de l’utérus) contre... plus de 20% dans les autres pays d’Europe et 50% aux Etats-Unis. Chez nous, le taux de cancer de l’endomètre (paroi de l’utérus) et la mortalité sont les plus basses d’Europe. Les cancers du sein ? La France fait aussi mieux qu’ailleurs. Ils sont détectés plus tôt, la mortalité baisse et la survie à cinq ans est de 80,5%, contre 69% seulement en Grande-Bretagne. C’est sans doute pourquoi les Françaises sont championnes d’Europe de la longévité. Et puis il y a la contraception, la ménopause, la sexualité, l’infertilité : tous ces aspects de la vie génitale que les femmes veulent aborder avec leur gynécologue et non pas avec leur généraliste, comme ça arrivera si rien n’est fait.

Depuis 2005, l’accès direct à un gynécologue (sans passer par le médecin référent) est remis en question par l’assurance-maladie. Quant aux transferts de certaines compétences vers les sages- femmes et les infirmières inscrits dans le projet de loi sur la santé, ils ne résoudront rien. Alors le CDGM reprend le combat et lance une nouvelle pétition (1). « Nous qui avons consulté librement un gynécologue ferons tout pour que nos filles et petites-filles puissent bénéficier du même service », déclarait en 2000 Elisabeth Badinter dans nos colonnes (« N. O. » n° 1840).

Un appel toujours d’actualité.

(1) Comité de Défense de la Gynécologie médicale : cdgm.national@orange.fr

Claire Fleury Le Nouvel Observateur