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2008/11/07 - Libération

La France manquera bientôt de gynécos

article sur libération.fr

MARIE-JOËLLE GROS

Attendre trois, parfois six mois, avant d’obtenir un rendez-vous chez le gynécologue, c’est le lot de nombreuses femmes en France. Bien sûr, la situation n’est pas la même en Lozère ou à Paris. Mais la pénurie ne peut qu’empirer, s’alarme les représentantes de cette profession. « Seuls 20 postes d’internes sont ouverts par an, quand il en faudrait 70. Dans dix ou quinze ans, les filles ne pourront plus bénéficier du même suivi que leur mère », explique la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM), qui regroupe la quasi-totalité des gynécologues libéraux.

Surcoût. Aujourd’hui, 70 % des femmes rendent visite à leur gynécologue au moins une fois par an, tandis que 15 % s’adressent à un médecin généraliste (1). Si ce dernier peut prescrire une pilule ou pratiquer un frottis, il lui manque la connaissance particulière du spécialiste. Ce qui se traduit, selon la FNCGM, par des traitements pas toujours adaptés, des examens mal prescrits et, à l’arrivée, un surcoût. Les patientes sont les premières à rechercher les compétences du gynécologue (46 % des femmes interrogées) et soulignent la confiance qu’il inspire (29 % d’entre elles la mettent en avant).

La gynécologie médicale est une spécialité récente. Quatre décennies après sa création, le suivi médical des Françaises compte parmi les meilleurs d’Europe. Prévention (près de 50 000 nouveaux cas de cancers du sein diagnostiqués chaque année et réduction de l’incidence du cancer du col de l’utérus), contraception, ménopause, infertilité (un couple sur sept consulte)... On compte aujourd’hui 1 945 gynécos en exercice. Ces professionnels sont à 82 % des femmes, âgés en moyenne de 53 ans (contre 51 ans pour les autres spécialistes).

Ce que les femmes mesurent mal, c’est la nuance avec la gynécologie obstétrique. Spécialistes du suivi de la grossesse, les obstétriciens ne connaissent pas la même érosion démographique : 150 postes leurs sont dévolus chaque année. 23 % des femmes s’adressent à eux lorsqu’elles ont besoin d’un gynécologue. « Si en plus de l’obstétrique et de la chirurgie, on leur ajoute la gynécologie médicale, cela fait beaucoup », plaide la FNCGM. Querelle de chapelle ? « Non, nous travaillons en bonne intelligence. Mais nos missions sont différentes. On ne peut pas demander aux uns d’absorber celle des autres sans dommages. »

« Prévention ». La gynécologie médicale s’est déjà trouvée sur la sellette. En 1986, cette spécialité a été tout bonnement supprimée. Puis rétablie en 2003 « sous la pression des femmes », insistent les gynécos. A l’évidence, la gynécologie n’est pas la seule spécialité aujourd’hui menacée (pédiatrie, ophtalmologie, etc.). Mais « c’est la prévention qui est en jeu. Veut-on maintenir son très haut niveau, ou pas ? »interrogela FNCGM. Le candidat Nicolas Sarkozy avait promis plus de postes s’il était élu. Depuis, c’est silence radio.

(1) Sondage BVA réalisé en mai 2008 auprès de 1 030 femmes âgées de 15 à 75 ans.