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2008/12/13 - La Dépêche du Midi

PUBLIÉ LE 13/12/2008 08:31 | RECUEILLI PAR ELSA DUTAUT

Gynécologue : profession en danger

Leur spécialité pourrait disparaître alors même que 7 femmes sur 10 se font suivre dans leur cabinet.

Les gynécologues déplorent l’inertie des pouvoirs publics.

SOS spécialité en danger : c’est le message que devrait lancer ce matin aux pouvoirs publics le collège de gynécologie médicale réuni à Toulouse pour sa XIIIe journée scientifique.

« Aujourd’hui, sept femmes sur dix, de tous âges, viennent dans nos cabinets pour assurer leur suivi gynécologique. Demain, je ne suis pas sûr que nous serons encore là pour les accueillir », prévient Suzanne Dat, présidente du collège régional de gynécologie médicale.

Un seul chiffre résume parfaitement les inquiétudes de cette spécialité : en France, seulement 20 postes de gynécologie médicale sont ouverts chaque année au numerus clausus.

Pas suffisant pour assurer le renouvellement de cette spécialité de médecine de ville qui est passée en dessous de la barre des 2 000 praticiens au niveau national. Et les perspectives en terme de démographie médicale sont franchement inquiétantes. De sources syndicales, si rien n’est fait, deux tiers de ces gynécologues de proximité devraient disparaître d’ici une dizaine d’années.

« Ce que nous déplorons, explique Suzanne Dat, c’est l’inertie des pouvoirs publics alors qu’il faudrait former tout de suite quatre fois plus de jeunes diplômés. Notre sentiment, c’est que le gouvernement se dit, qu’après tout, le suivi gynécologique des femmes pourrait parfaitement être assuré par des médecins généralistes. Ce qui est faux. La gynécologie médicale est un maillon indispensable à la santé des femmes présent à la fois sur le suivi mais aussi au niveau de la prévention », ajoute le Dr Dat. C’est cette relation de confiance et de proximité qui est aujourd’hui en cause : d’après une étude de l’Institut BVA, 70 % des femmes sont suivies régulièrement par un gynécologue de ville contre 15 % seulement par un médecin généraliste. Des femmes qui se disent d’ailleurs très inquiètes pour l’avenir : 86 % d’entre elles considèrent que la pénurie, a déjà, et aura un impact négatif sur leur santé.

Autre argument mis en avant, le rôle des gynécologues de ville en matière de contraception mais aussi de prévention : en matière de dépistage des cancers du col de l’utérus, en vingt ans la pratique régulière des frottis dans les cabinets a permis de diminuer par 4 le nombre de cancers et par deux le nombre de décès. Idem sur le cancer du sein : les femmes qui consultent une gynéco auraient un taux de survie de 25 % supérieur aux autres.

-  À votre avis Êtes-vous prêtes à vous séparer de votre gynéco ?

Sylvie Clamens, 38 ans, professeur de musique. Non, cela m’embêterait. Si les gynécologues de ville venaient à disparaître ce serait une contrainte de plus. À Toulouse, les hôpitaux ne sont pas vraiment proches et le temps d’attente pour un rendez-vous est souvent très long. Déjà qu’avec les gynécologues en ville on attendait longtemps, je n’imagine même pas si toutes les femmes sont obligées d’aller à l’hôpital. Je ne sais pas comment je ferais si ma gynécologue partait à la retraite et qu’elle n’était pas remplacée.

Michèle Caruso, 52 ans, professeur. Non, en aucun cas. J’ai le même gynécologue depuis une quinzaine d’années. Il va bientôt partir à la retraite et je pense que s’il n’est pas remplacé je serai vraiment très agacée. En effet, je ne me vois pas du tout aller chez un médecin traitant pour faire des examens gynécologiques même si je le connais bien. C’est quand même une spécialité particulière qui mérite d’être sauvegardée. J’espère sincèrement qu’à Toulouse, cela ne va pas se passer de cette façon et que ces médecins seront préservés.

Laurie Soulié, 22 ans, étudiante. Cela me créerait des soucis. J’habite au centre-ville car je vais à la faculté pas loin. Du coup, j’ai cherché une gynécologue pas loin de chez moi et qui est facilement accessible. Si ce genre de médecins venait à disparaître en ville, les choses seraient nettement plus compliquées. Avant, j’étais dans une autre ville et j’allais chez la gynéco à l’hôpital parce que je n’avais pas le choix. C’était vraiment très embêtant et je n’avais jamais de rendez-vous avant plusieurs semaines. En France, les spécialités médicales connaissent de vrais problèmes.

Emmanuelle Mauran, 32 ans, mère au foyer. Oui, je trouverais une autre solution. Je viens juste d’arriver à Toulouse, j’ai donc dû trouver un nouveau gynécologue il y a peu de temps. J’ai l’habitude de beaucoup bouger et de déménager souvent donc je ne suis pas très attachée à mon médecin. Certes, s’il y en avait moins ce serait plus difficile d’avoir un rendez-vous rapidement, mais je n’y accorde pas tellement d’importance. Je pense que je serais prête à aller jusqu’à l’hôpital s’il le faut pour me faire examiner.