2009

2009/01/30 - Lettre aux Gynécologues Médicaux

Paris, le 20 janvier 2009

Chère consœur, cher confrère, chère amie, cher ami,

Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous informer de la situation et vous alerter sur les menaces qui à nouveau pèsent sur la gynécologie médicale.

Le CDGM, lors de sa dernière assemblée générale, a pris la décision d’adresser à la ministre de la Santé, Mme Bachelot, une lettre ouverte que vous trouverez ci-joint.

Depuis la création du diplôme de gynécologie médicale en 2003, obtenu grâce à la mobilisation des femmes et des gynécologues avec le CDGM, le nombre de postes d’internes attribués à la spécialité est dramatiquement insuffisant : 20 seulement par an, alors qu’il en était formé 130 jusqu’en 1986, date de la suppression de l’enseignement de la gynécologie médicale.

Un retard de 17 ans et plus, qui explique la situation que vous vivez au quotidien.

Vous en connaissez mieux que quiconque les conséquences : pour vous, des journées qui n’en finissent pas, les urgences très difficiles à accueillir parce que les cahiers de rendez-vous sont trop remplis et depuis longtemps. Pour les femmes, jusqu’à 6 mois d’attente pour un rendez-vous, quasi-impossibilité pour les jeunes filles de trouver un gynécologue, manque de prévention, dépistage tardif.

Vous vous reconnaîtrez sans doute dans le témoignage que nous vous joignons, celui d’une gynécologue médicale, après de longues années d’exercice.

Quant à la pérennité de la spécialité, voici les chiffres : pour les nominations universitaires, sans lesquelles la gynécologie médicale ne peut se développer faute d’être enseignée, seulement 4 nominations en 2006, aucune en 2007, aucune en 2008 !

Si aucune mesure n’est prise, les conséquences sur l’avenir de la profession, vous les connaissez aussi : il ne restera que 1000 gynécologues pour 30 millions de femmes en âge de consulter en 2010, 600 en 2015, 180 en 2020.

Autre sujet d’inquiétude pour l’immédiat : le projet de loi (HPST) que Mme Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, va présenter, en principe en février, et qui fait craindre une remise en cause du droit des femmes de consulter librement leur gynécologue. Nous vous rappelons que ce libre accès est un droit inscrit, après le vote de la loi sur l’assurance maladie de 2004, dans un décret de novembre 2005.

Or que prévoit la loi de Mme Bachelot dans l’Article 14 - Titre II ? Une nouvelle organisation, mettant en place un niveau de « soins de premier recours » et un niveau de « soins spécialisés complémentaires ». Aux soins de premier recours correspond dans le texte le profil du médecin généraliste. « Un niveau de soins de second recours d’expert est également défini et correspond aux activités ponctuelles dispensées par des professionnels de santé ou des établissements en coordination avec le médecin traitant et ne nécessitant pas d’hospitalisation . » Ce qui veut dire que les activités des spécialistes ne seraient que ponctuelles !

Pour la gynécologie médicale, fondée sur la notion de SUIVI des femmes, quelles seraient les conséquences ? Les gynécologues médicaux ne seraient plus que les hypothétiques conseillers ponctuels des médecins de premier recours !

Or une grande partie des femmes ne consulteront plus, elles le disent, si elles sont obligées de consulter leur généraliste au lieu de leur gynécologue.

Nous sommes inquiètes. La santé des femmes est de nouveau en danger. C’est pourquoi le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale s’adresse de nouveau à vous, gynécologues, qui avez les premières informé les femmes, et permis dans vos cabinets de faire connaître la pétition du CDGM, qui devait recueillir plus de 3 millions de signatures.

La conférence de presse que nous avons tenue au Sénat en novembre 2008 a rencontré un large écho dans les médias.

Nous avons déjà des milliers de signatures. Des député(é)s , des sénateurs et des sénatrices, de toute appartenance politique, nous soutiennent, et nous sommes actuellement en discussion avec eux pour qu’ils présentent un amendement à l’Article 14, au moment où leur sera soumis le projet de loi HPST.

Aujourd’hui, à nouveau, l’aide et le soutien que vous nous apporterez nous seront précieux : en informant les femmes, si vous le voulez bien, en mettant notre lettre-pétition à Mme Bachelot dans votre cabinet médical, en proposant aux femmes de consulter notre site (cdgm.org). Cette action commune, qui a déjà permis de rétablir la spécialité, nous vous proposons de la continuer ensemble, pour la défense de la gynécologie médicale, pour la santé des femmes.

Nous vous remercions à l’avance pour le temps que vous pourrez consacrer à la lecture de ces quelques pages.

Bien cordialement,

Pour le bureau du CDGM, Dr Marie-Annick Rouméas, Noëlle Mennecier, Claude Groussin, Marie Stagliano.