2009

2009/06/23 - Conférence de Presse au Sénat - Intervention de Anne Gompel

Anne Gompel : Je vais faire le point sur l’état de la formation universitaire et reprendre la lettre-réponse que Mme Bachelot a faite à chaque élu intervenant sur la question du devenir de la gynécologie médicale. Mme Bachelot répond à tout le monde : « Les gynécologues médicaux, au nombre de 2.000 environ, sont très inégalement répartis sur le territoire national... » . 2.000 à peu près, c’est déjà beaucoup plus que ce que l’on pensait. Bon admettons. « inégalement répartis sur le territoire national », cet état de fait est lié à la démographie médicale en chute pour toutes les spécialités, mais seulement du fait que la gynécologie médicale n’a pas eu de formation pendant 15- 20 ans elle est encore plus paupérisée que les autres. La situation est critique.

Madame Bachelot poursuit : « ...En fonction des départements, ils sont entre 0 et 20 pour 100 000 femmes.. Ainsi, ils sont plus de 260 à Paris et 0 en Lozère ou en Corse du Sud . » Il est vrai qu’il ya plus de gynécologues médicaux à Paris et Marseille, cependant, quand le CDGM a fait l’enquête auprès des gynécologues, on s’est rendu compte que contrairement à ce qu’un certain nombre de gens essaient de dire, il n’y a pas une majorité installée en secteur II, car l’image véhiculée, c’est les foulards Hermès, c’est un exercice de luxe, c’est la médecine à deux vitesses, et c’est du secteur II partout ? En fait plus de 60% de GM étaient installées en secteur I et aussi dans des zones à population rurale. C’est vrai qu’il y a des départements désertifiés ; Il en manque partout.

Je reprends sa réponse : « Dans les faits, ces praticiens n’assurent pas à eux seuls le suivi des femmes pour les problèmes gynécologiques, la contraception, la prévention et le dépistage. Les médecins généralistes et les gynécologues obstétriciens assurent également, chacun dans leur champ de compétences, cette prise en charge... » .Ce n’est pas entièrement faux. Il y a cependant un problème de formation. On a restauré une formation spécifique de gynécologie médicale qui n’est pas celle de la gynécologie obstétricale car on ne fait pas le même métier. Les gynécologues obstétriciens sont formés en 5 ans, ils apprennent l’obstétrique et la chirurgie, mais ils n’ont pas le temps de se former à la médecine Devant le caractère de plus en plus complexe de la médecine on ne peut négliger la formation , il faut être formé en endocrinologie, en cancérologie, etc.... Ce n’est donc pas en 5 ans que l’on peut tout apprendre, tout faire, peut-être en 10 ?

Cela n’a pas de sens de s’installer GM sans être réellement formé. Il y en a qui se forment sur le tas. Nous ne somme pas pour fermer les passerelles entre ces métiers. On est entrain de travailler actuellement pour savoir comment évaluer cela. De toutes façons, il n’y a plus assez de gynéco, plus assez de médecins donc, plus il y a de gens pour faire le boulot, c’est tant mieux. Autant qu’ils soient convenablement formés.

« Dans ce domaine, il y a aussi l’activité des centres de planification et d’éducation familiales ». Je sais qu’ici, il y a des représentantes du planning, si elles veulent, elles peuvent intervenir. Je sais comment il est de plus en plus difficile de trouver des gens pour travailler dans ces centres-là et que l’on en ferme de plus en plus.

« Les études de l’Assurance maladie font observer qu’au-delà de la pratique des 2.000 gynécologues médicaux, il y a 1.800 gynécologues obstétriciens qui abandonnent leur métier d’accoucheur et d’obstétricien pour réaliser uniquement des consultations de GM. » Pourquoi est-ce qu’on les forme à la chirurgie pour ne pas en faire ?. L’an dernier, il y avait 155 internes dans la filière de GO et 20 dans celle de GM. Cela veut dire que l’on forme dans la filière GO des gens en 5 ans, alors qu’en GM, c’est 4, pour qu’ensuite ils deviennent des médecins sans y avoir été formés. Où est la logique dans tout cela. Autant former des médecins et rééquilibrer les postes.

Initialement, quand la spécialité de GM avait été restaurée, on avait dit 1/3 de GM, 2/3 de GO. Cela représente 60 à 70 GM. Pourquoi mettre de l’argent dans une formation, dans une filière uniquement chirurgicale pour qu’ensuite on forme des médecins !!! Incompréhensible !

Madame Bachelot poursuit : « En prenant en compte les évolutions inéluctables de la démographie médicale, j’ai progressivement augmenté le numerus clausus des études médicales depuis 2000. Et en 2009, il y aura plus de 7400 internes supplémentaires , qui se répartiront dans les différentes spécialités. » Alors autant qu’on en donne à la GM !

L’information qu’on a en eu il y a deux jours, est que pour l’examen national classant (ex-internat), il y aura 7 postes de plus pour la GM. C’est officiel. Nous sommes royalement passées de 20 à 27 postes pour toute la France. Cela fait 30% d’augmentation, on peut être contentes, mais quand on regarde les autres spécialités : on est passé de 320 généralistes à 600, rien qu’à Paris. On a pratiquement doublé. Ceci est lié à une augmentation importante du numérus clausus, mais cela touche surtout les généralistes, un peu les autres spécialités, mais certainement pas beaucoup la GM qui reste paupérisée.

A la fin du texte de Madame Bachelot, il y a des paradoxes que je n’arrive pas à comprendre.

« ... La spécialité de gynécologie médicale qui est enseignée aujourd’hui a changé de sens, elle forme des spécialistes de haut niveau......, le plus souvent se destinant à un exercice hospitalier très particulier ».

Je ne sais pas ce que cela veut dire. Forcément, quand il n’y a que 20 internes, cela va rester une élite, un parent pauvre, cela ne couvre pas tous les besoins de la population.

Pour rester à l’Hôpital, comme elle le suggère, c’est vrai qu’on a une belle maquette, qu’on forme bien les gens, on a des internes excellent(e)s praticien(ne)s, trié(e)s sur le volet parce que c’est la sélection darwinienne, car en général quand elles font ça, c’est qu’elles sont super motivées, et donc bonnes. Donc pour rester à l’hôpital, il faut des postes de chefs de clinique puis une thèse de sciences, concourir, etc. Madame Bachelot en fait une spécialité d’élite pour rester à l’hôpital. Sauf qu’on se bagarre pour avoir des postes de chefs de clinique et qu’on n’en a pas assez. Cette année, l’état des lieux qu’on a pu faire sur l’ensemble des internes qui sortent : 15 internes, il y a 5 postes. L’an passé : 6 ou 7. Il y a en a plein qui restent sur le carreau. Ce discours est donc complètement paradoxal puisqu’il n’y a pas le moyen de vraiment pérenniser la vocation universitaire de la spécialité.

Là, je ne sais pas si c’est une méconnaissance totale du dossier mais ces affirmations sont pour le moins surréalistes ou bien effet d’annonce ?. Ce n’est pas avec 5 postes de chefs de clinique qu’on va pérenniser la spécialité. Il faut des GM, pour le recours des généralistes, des GO qui ne connaissent pas une partie de la spécialité, des gynécologues, etc... Il y a une place pour les GM dans les centres anti-cancéreux... Enfin, elle nous dit « ...les postes ouverts au recrutement n’ont pas tous été pourvus ».

Alors là, il faut arrêter de mentir.

Il y a 3 régions où cela se passe mal, où les GO font de l’intox pour empêcher les jeunes de faire de la GM, ailleurs tout se passe bien. Il y a des droits au remords, en cours d’internat, il y a des gens qui changent de spécialité, mais cela existe dans toutes les spécialités. Des généralistes font un droit de remords pour devenir GM. Cette année un GM va en GO. Cela fait partie de la vie mais dire que les postes ne sont pas pourvus, ce n’est pas vrai.

Hier, à l’Université Paris V, j’ai représenté la GM pour la journée d’information des jeunes. Une quinzaine de jeunes sont venus me voir pour savoir s’ils pouvaient faire cette spécialité, si elle n’allait pas être supprimée ; etc. Dans mon service, les étudiants font des stages et pratiquement à chaque trimestre, il y a en a un qui a envie de faire cette spécialité. Donc, donnez des postes et je vous assure qu’ils les prendront. Ils ne demandent que cela.

On est dans un discours du « n’importe quoi ». Je m’excuse, je suis rarement aussi virulente. Mais c’est trop.

L’état des lieux rapidement : 20 internes chaque année, pour cette année 27. On a remercié Monsieur Desmondt, le conseiller de Mme Bachelot. Par rapport aux autres formations, c’est peanuts. Donc : 2 à Paris, 2 à Montpellier, 1 à Lyon, 1 à Toulouse et 1 à Bordeaux.(Il est écrit 2). On verra.

Dans les régions, cela se passe pas mal ; il y a encore des zones de résistance de GO : Besançon, Poitiers, Angers.

Les postes de chefs de clinique restent insuffisants. Cela passe par les doyens, il faut les convaincre. On est une petite spécialité. Bon an mal an, on arrive à ce que des jeunes se forment .

Enfin, la sous-section de CNU est toujours éclatée sur 3 sous-sections. C’est la seule spécialité à être ainsi.

A tous les niveaux on se bagarre, mais on est encore très loin de gagner le combat et d’avoir restauré la spécialité dans les faits.