2009

2009/06/23 - Conférence de Presse au Sénat - Intervention du Dr. Marie Annick Rouméas

Dr. Marie Annick Rouméas :

Qu’est ce qui est en marche avec la disparition de la gynécologie médicale ?

Une nouvelle représentation de la médecine et des patients. On privilégie le découpage en actes des problèmes de santé des femmes au détriment d’une approche qui prend en compte la totalité de la femme dans son histoire de vie, son histoire sexuelle.

On choisit une approche médico-économique, qui ne légitime pour une personne que des actes codifiés, (codification du temps d’exécution, du prix), dont la somme évaluera la santé de l’individu. Il ne s’agira plus d’une pratique soignante, qui prend soin de l’autre, de la femme.

La gynécologie a développé cette pratique soignante attentive à la femme dans sa globalité. Cette pratique nécessite une formation, elle suppose de prendre son temps et requiert une connaissance de la complexité de la vie des femmes. Elle suppose une interaction entre le médecin et la patiente. Et cette pratique soignante pose actuellement problème car n’étant pas codifiable, elle ne peut être sous contrôle. Ce qui se passe pour la gynécologie médicale se passera ensuite pour les autres domaines de la médecine.

Je vais vous donner 2 exemples en lien avec ce qui vient de se passer lors du vote de la loi Bachelot : il s’agit de la délégation des compétences

Dans le domaine du dépistage du cancer du col de l’utérus, de la prescription de la contraception orale. Je parlerai aussi du dépistage du cancer du sein

Sous prétexte que le nombre de gynécologues est insuffisant (alors que le maintien d’un petit nombre de gynécologues formés 20 par an pour toute la France est une volonté gouvernementale réaffirmée chaque année), on délègue des compétences : certes les sages femmes peuvent faire des frottis, les pharmaciens prescrire et renouveler la pilule,

Que se trame t-il actuellement ? Que se passe t-il pour les femmes ?

Les femmes qui verront une sage-femme auront des frottis de dépistage. Elles auront aussi des mammographies de dépistage à partir de 40 ans, elles auront une information sur la contraception et elle leur sera prescrite par le pharmacien. Différence entre prévention et dépistage : faire de la prévention ou du dépistage ? De l’information ou de l’éducation sanitaire ? Ce n’est pas uniquement de l’information, ce n’est pas uniquement un geste technique

La Prévention du cancer du col de l’utérus

La survenue du cancer du col de l’utérus est favorisée par plusieurs facteurs, la multiplication des partenaires sexuels sans protection, la présence de certains virus HPV mais aussi de d’infections sexuellement transmissibles (IST). Il faut savoir penser à une infection devant des signes lors de l’examen clinique.

Savoir aussi pourquoi les femmes n’exigent pas une protection efficace contre les IST et le virus du sida. Les raisons en sont nombreuses : certaines ne s’aiment pas et ne n’ont pas en vie de se protéger (violences sexuelles) ou bien non estime de soi qui entrave la volonté d’affirmer qu’on veut être protégée. Certaines ont une perception erronée du risque encouru : ‘’c’est quelqu’un de bien je peux lui faire confiance’’, certaines peuvent ne pas avoir la liberté de se protéger : violences intra conjugales par exemple.

Alors si le dépistage des cancers du col passe certes par un frottis de dépistage, la prévention elle s’étale sur plusieurs consultations, durant lesquelles la confiance s’est instaurée, cette confiance permettra au gynécologue de poser les questions utiles, et à la femme, quel que soit son âge, de parler en se sachant écoutée. Et en faisant de la prévention du cancer de l’utérus, (et pas seulement du dépistage), on fait en même temps de la prévention pour les infections des trompes, prévention de la grossesse extra-utérine et d’autres causes d’infécondité. Ces consultations prennent du temps, requièrent une expérience à la fois sur le plan médical : recherche des signes infectieux, affiner un diagnostic, et sur le plan humain : savoir poser les bonnes questions, permettre la parole.

Expliquer les différents moyens contraceptifs est une chose importante, tout aussi importante est de faire attention au contexte de la vie de la patiente, à ce qu’elle ressent de positif ou négatif vis-à-vis de tel ou tel moyen de contraception, à ses peurs, peu importe qu’elles soient fondées ou non, ce sont celles qu’elle ressent et qui font un blocage au bien vécu de sa contraception. Et quand elle reviendra si elle ne se sent pas à l’aise avec sa contraception, être attentif à ce que manifeste le corps et ce qu’il peut parfois laisser deviner d’une souffrance que la femme ne peut pas facilement mettre en mots ou d’un désir de grossesse qui n’est pas partagé, ou de la peur d’être stérile.

Ou encore ce qui rend difficile la prise d’un contraceptif c’est la non reconnaissance par l’entourage de la légitimité de la sexualité pour les jeunes, ces peurs, ce mal-être, ce n’est pas étonnant. La relation d’une jeune fille ou d’une femme à son corps n’est pas facile, et la relation au corps de l’autre, ce que suppose l’installation d’une contraception, passe par des phases variées.

La consultation de prescription d’un contraceptif, ou de son renouvellement demande donc du temps, de la confiance et de la confidentialité, (confidentialité. hasardeuse dans une officine pharmaceutique !) La femme peut choisir sa contraception, une fois les contre-indications éliminées. Mais une femme tout en ayant choisi sa contraception peut ne pas se sentir bien et l’oublier. Ex. de cette jeune fille qui se sentait mal avec tous les moyens contraceptifs qu’elle avait essayés et préférait ne plus en prendre. Sa souffrance n’était pas finalement de contraception mais de pratiques sexuelles qui ne lui convenaient pas et qu’elle n’osait refuser. C’est grâce à la confiance installée par un suivi gynécologique régulier, cette rencontre de deux personnes la femme et la gynécologue, et c’est grâce à la confidentialité du bureau du gynécologue que la femme a pu commencer à s‘extirper de son histoire difficile.

En prenant son temps, durant une consultation pour instituer une contraception, c’est faire aussi de la prévention pour éviter les grossesses non désirées et les IVG, il ne s’agit pas que d’information.

Dépistage du cancer du sein

Certes nécessité de dépistage par mammographies à bon escient ; mais rappelons que chaque examen gynécologique comporte un examen des seins : on les regarde attentivement, on les palpe, là est la prévention de maladies du sein. L’examen des seins est un élément orientant ou non vers des radiographies, et cela aussi requiert de l’expérience et du temps. Moduler un traitement en fonction de ce que la femme ressent et en fonction des conclusions que peut tirer le gynécologue de son examen clinique, c’est de la prévention, c’est prendre soin, c’est un temps qui précède celui du dépistage.

Voici à propos de 3 exemples, un aperçu de la pratique soignante. C’est entre autre la pratique soignante de la gynécologue avec chaque femme. Consultations nécessitant de prendre son temps et au cours desquelles les gynécologues affinent leur savoir faire.

La femme n’est pas la somme de ses organes :

Ce n’est pas une vulve plus un col utérin pour lequel les frottis sont nécessaires, plus un corps utérin à maintenir pour une grossesse, plus un vagin pour laquelle la femme doit avoir une bonne contraception, plus des seins pour lesquels un dépistage mammographique est souhaitable régulièrement.

La femme est autre chose que la somme des rôles qu’on lui attribue : celui de mère ou de future mère, celui de partenaire qui doit être sous contraception et ne doit pas être contaminante. Prendre soin de la santé de la femme ne se résume pas à faire un nombre de gestes codifiés sur son corps pour vérifier si les organes spécifiquement féminins sont fonctionnels, ou s’ils répondent à ce qu’on attend d’eux.

La pratique gynécologique respecte la femme dans sa globalité,

La femme ne se réduit pas à son corps biologique mais est un être humain total avec une histoire personnelle et familiale, des sentiments, des espoirs de maternité, des amours et surtout une vie sexuelle qui, comme toute vie sexuelle, ne va pas forcément de soi.

Et c’est cette pratique là, une pratique soignante, qui doit être accessible à toutes les femmes.

Or que souligne le rapport de la DREES sur la santé des femmes en France en 2008 ? Rapport fait à la demande de Mme Bachelot, sorti en Juin 2009 (DREES : Direction de la Recherche , des Etudes et de l’Evaluation des Statistiques)

1er rapport sur la santé des femmes : adapter la pratique de santé, et la prévention, en tenant compte de la situation réelle des femmes, sinon il y a un risque d’augmenter les inégalités.