2009

2009/06/23 - Conférence de Presse au Sénat - Intervention de Marie Stagliano

Marie Stagliano :

Vous avez entendu ce qui a été dit avant moi, ce sont là, les raisons qui ont amené le CDGM a lancer un cri d’alarme. La décision du gouvernement de ne pas respecter le vote du Sénat a un contenu qui nous inquiète.

Car qu’auraient pu espérer les femmes, de la part de la ministre de la santé, au lendemain de ce vote ?

Qu’on leur dise : vous, femmes, de toute condition sociale, de tout âge, vous avez le droit quand vous le jugez nécessaire, d’aller consulter librement votre gynéco, sans barrage, sans filtre, ni aucune pénalisation financière. Et si nous le décidons c’est parce que les faits sont là : la spécialité de GM est un élément fondamental de la bonne santé des femmes.

Et pour que ce droit soit garanti à toutes, aux près de 30 millions de femmes en âge de consulter, nous décidons de créer les postes d’internes de GM nécessaires, pour remplacer les départs à la retraite, pour maintenir les cabinets qui ferment.

Or, après avoir, avec force combattu le texte du Sénat, le 28 mai dernier, Mme Bachelot à obtenu satisfaction par la commission mixte paritaire,

Avec quelle motivation ? Le caractère « désincitatif » de la mesure votée par les sénateurs et son « coût estimé à 20 million d’euros »...

Mr Autain, sénateur du groupe CRC, s’est interrogé, à juste titre sur la fiabilité de cette estimation financière. Mais restons sur ce terrain qui est manifestement l’essentiel de l’argumentation du gouvernement. Le gouvernement a-t-il estimé le cout engendré par la suppression de l’accès direct, par la pénurie des gynécologues médicaux ? A-t-il estimé combien couterait de passer de 6,7 % d’hystérectomies pour les femmes en France, à 40 ou 45% comme dans les pays voisins ?

A-t-il estimé le cout du non suivi gynécologique des jeunes filles ? Le dépistage tardif d’un cancer du sein,... ? Et le nombre de drames ?

Voici quelques témoignages de femmes qui signent en ligne : « Si je n’avais pas de gynécologue, je ne serai plus là aujourd’hui. Mme Bachelot, ne permettez pas leur disparition, j’ai des petites filles qui en auront besoin. », « C’est cette magnifique et indispensable profession qui m’a sauvé la vie à 32 ans, alors longue vie aux gynécologues ! », « seul un gynécologue a su diagnostiquer un cancer, ce qui me permet d’y survivre. »

Ce serait un retour en arrière inacceptable !

Trop de temps a déjà été perdu. Nous pourrions parler des 17 années pendant lesquelles aucun GM n’a été formé..mais depuis la création du diplôme, en 2003, que s’est-il passé ? L’enquête réalisée par le CDGM en 2003, faisait apparaître la nécessité de former 119 GM par an pour le simple renouvellement des GM qui partaient à la retraite. Il n’ en a été formé que 20 par an ! Calculez le manque à gagner : 60 en 6 ans au lieu des 700 nécessaires ! Elle vient d’où la pénurie ? Sinon du refus de répondre aux besoins de santé des femmes ? Et le CDGM n’a cessé d’ alerter les pouvoirs publics sur cette situation qui n’a cessé de se dégrader.

Et que dit aujourd’hui Mme Bachelot ? La GM a « changé de sens », « délégation de tâches » aux généralistes, aux sages femmes, aux infirmières, aux pharmaciens, on parle de tout le monde, sauf de redonner leur place aux gynécologues médicaux !

Alors à quelle autre conclusion aboutir sinon à celle-ci : en refusant les postes d’internes de GM, en refusant l’accès direct, en instituant la délégation de tâches, Mme Bachelot prend la lourde responsabilité de faire disparaître la GM, comme spécialité médicale accessible à toutes les femmes parce que prise en charge par la sécurité sociale, sans pénalisation. » Une élite » ? : ce n’est pas ce que veulent les femmes. Ce n’est pas une élite qui a permis à des générations, dont la nôtre, d’être suivies et de bénéficier ainsi des progrès de la médecine. C’est cette GM de proximité, ce suivi régulier, patient, dans un rapport de confiance, tout au long de la vie d’une femme qui nous a permis d’avoir les meilleurs indices de santé au monde.

De cette GM, il faudrait en parler au passé, comme d’un temps révolu, inaccessible aux jeunes filles d’aujourd’hui et de demain ?

Elle est là la raison de notre cri d’alarme, et vous pouvez nous aider, vous journalistes présentes, en relayant ces informations parmi les femmes.

C’est par leur action, leur mobilisation déterminée que le diplôme a été crée, c’est par leur action, leur mobilisation que « les dégâts ont été limités » en 2004, au moment de la loi sur l’assurance maladie,la mise en place du parcours de soins, le passage par le médecin traitant.

A nouveau nous allons nous tourner vers elles. Il s’agit de leur santé. Le CDGM tiendra son Assemblée annuelle dès la rentrée et prendra toutes les dispositions qui s’imposent pour éviter cette régression, vécue comme un grave recul des droits des femmes que nos ainées ont acquis pour nous et que nous voulons, à notre tour transmettre après nous.

Pour conclure, je voudrais laisser la parole à cette autre signataire qui écrit :« Nous avons besoin des gynécologues, ils sont INDISPENSABLES à notre santé. Je veux que ma fille puisse bénéficier de cette spécificité française, qui devrait être montrée en exemple et dont la France devrait être fière et s’enorgueillir au lieu d’essayer de l’ étouffer ! ».